Une étude révèle une baisse significative des interactions verbales depuis 2005
Selon une étude publiée en mars, les conversations quotidiennes ont chuté de près de 30 % entre 2005 et 2019, un phénomène qui pourrait avoir des conséquences notables sur la santé mentale. Les psychologues Valeria Pfeifer et Matthias Mehl, après avoir analysé des données de milliers de participants aux États-Unis, au Mexique, en Australie et en Europe, constatent que le nombre moyen de mots prononcés par jour est passé de 16 632 à 11 900 mots, rapporte TopTribune.
Une société de plus en plus isolée
Historiquement, les cafés européens des années 1700 étaient des espaces de rencontre et de discussion. Comme l’indique Sherry Turkle dans son ouvrage Reclaiming Conversation (2016), ces lieux étaient prisés pour leurs échanges. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée, avec une expérience de café souvent limitée à des achats rapides, à cause des ordinateurs portables et des clients absorbés par leurs écouteurs.
Les facteurs expliquant cette chute des conversations quotidiennes sont multiples. Les auteurs de l’étude insistent sur le fait que l’augmentation du temps passé seul est un élément central, phénomène exacerbé par la pandémie de Covid-19. Une étude a révélé qu’entre 2003 et 2019, le temps libre passé seul par les Américains a crû d’environ 44 % à 49 %. En Europe, la proportion de personnes se voyant quotidiennement avec des amis a chuté de 21 % en 2006 à 12 % en 2022.
Parallèlement, l’impact des réseaux sociaux et de la numérisation est prépondérant. Les interactions quotidiennes diminuent au profit d’échanges en ligne, où les achats et les réservations sont réalisables sans contact direct.
Les conséquences psychologiques d’un manque de communication
Bien que le nombre de mots prononcés diminue, les effets de cette baisse sur notre bien-être psychologique ne doivent pas être négligés. Les échanges en face à face sont essentiels pour développer l’empathie, contrairement aux interactions écrites. Sherry Turkle remarque : « Nous ressentons l’émotion d’une conversation au plus profond de notre corps. »
Le déficit de conversations orales peut également nuire à diverses capacités cognitives, car les échanges verbaux stimulent la mémoire et l’attention. Valeria Pfeifer souligne que notre cerveau dépend de plus en plus des dispositifs mobiles pour fonctionner.
Cette dynamique crée un cercle vicieux : moins de petites interactions sociales incitent à une plus grande anxiété face à la prise de parole, dissuadant ainsi de telles communications à l’avenir. Échanger quelques mots avec un voisin, un commerçant ou un collègue pourrait se révéler bien plus bénéfique qu’il n’y paraît.