Débat autour de la réintroduction de l’acétamipride en Lot-et-Garonne
Depuis l’adoption de la loi d’urgence agricole par le Parlement, les tensions demeurent vives en Lot-et-Garonne. Ce texte autorise, sous conditions et après avis de l’Anses, la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide controversé. Alors que les écologistes s’opposent fermement à cette mesure, les producteurs de noisettes, tels que Charles-Henri Jonglas, soutiennent qu’elle est cruciale pour leur profession, rapporte TopTribune.
Charles-Henri Jonglas, coprésident des Jeunes Agriculteurs Lot-et-Garonne, défend la réintroduction de ce pesticide, affirmant qu’il est indispensable à la protection de la production. « La solution, c’est l’acétamipride », déclare-t-il au milieu de ses noisetiers à Coulx, une commune très affectée par les ravageurs.
Adoptée le 21 juillet, la loi permet la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux substances jugées controversées. Deux militants écologistes, Annie Messina et Paul Vo Van, expriment leur indignation face à cette décision, la qualifiant de « scélérate » et dénonçant des conséquences graves pour la santé publique et l’environnement. Leur opposition a provoqué des réactions au sein de la communauté agricole.
Les conséquences des ravageurs
Sur le terrain, Jonglas évoque les pertes causées par la punaise diabolique, responsable d’une baisse de 30 à 40 % des rendements. « Depuis 2020, nous constatons des nécroses sur les fruits, un goût amer, ce qui rend la commercialisation impossible », souligne-t-il, alertant sur la situation critique des producteurs.
Il avance également que l’interdiction de l’acétamipride en 2018 a entraîné un recours accru à d’autres produits phytopharmaceutiques. En effet, les agriculteurs doivent maintenant effectuer entre dix et quatorze traitements au lieu de deux, engendrant des coûts et une consommation de ressources significative.
Jonglas met en lumière la question de la rémanence des produits, affirmant que l’acétamipride conserve son efficacité plus longtemps que les alternatives, ce qui est crucial pour son utilisation. Son syndicat a mobilisé plus de deux millions de signatures pour soutenir la demande de réintroduction de certaines molécules. Il précise que ceux qui n’ont jamais travaillé dans l’agriculture ne peuvent pas comprendre les défis de la production.
Inquiétudes des agriculteurs
Un argument fréquemment soulevé par les agriculteurs est l’inégalité de traitement entre les producteurs européens. « Pourquoi eux, et pas nous ? », interroge Jonglas, déplorant l’importation de noisettes d’autres pays où des pesticides plus dangereux sont encore autorisés.
La situation engendre une détresse croissante parmi les agriculteurs. Alain Briffeille, président de la FDSEA 47, tire la sonnette d’alarme sur l’état psychologique des travailleurs du secteur. « Nous n’avons plus de perspective. Les exploitants subissent des conditions climatiques extrêmes, des contrôles incessants, et la pression de la régulation est devenue insupportable », déclare-t-il.
Face à ces dynamiques opposées, le débat sur la réintroduction de l’acétamipride reste au coeur des préoccupations en Lot-et-Garonne, illustrant des visions divergentes sur la gestion de l’agriculture et de l’environnement.