Madagascar menace d’ouvrir un corridor au pétrole russe, contournant les sanctions européennes
Madagascar menace d’ouvrir un corridor au pétrole russe, contournant les sanctions européennes

Madagascar menace d’ouvrir un corridor au pétrole russe, contournant les sanctions européennes

25.07.2026 13:40
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La nationalisation des importations de carburants à Madagascar, engagée après le coup d’État militaire d’octobre 2025, pourrait contraindre des entreprises internationales, dont le groupe français TotalEnergies, à commercer du pétrole sous sanctions, alerte le Groupement Pétrolier de Madagascar (GPM). Ce projet de loi, qui mettrait fin à un système d’appels d’offres ouvert en place depuis 1999, fait craindre l’arrivée massive de brut russe sur l’île, rapporte Bloomberg, rapporte TopTribune.

Le 1er juillet, le parlement malgache a adopté un texte créant une société pétrolière publique chargée de contrôler l’intégralité des importations de carburant. Cette décision intervient cinq semaines après que le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a évoqué, devant l’agence russe Sputnik, la possible création d’un dépôt pétrolier dans le cadre d’un programme élargi d’investissements russes. Depuis la prise de pouvoir par le colonel Michael Randrianirina, qui a rencontré Vladimir Poutine à Moscou en février, Madagascar a multiplié les gestes en direction de la Russie, allant jusqu’à autoriser la présence d’instructeurs militaires russes et des livraisons d’armes.

Des géants internationaux menacés

Le GPM, qui regroupe des sociétés comme TotalEnergies, met en garde contre les « problèmes importants » que la nouvelle loi ferait peser sur ses grands clients. Parmi eux figurent la compagnie aérienne Air France-KLM, des entreprises de construction internationales et des groupes miniers liés à Rio Tinto ou à Korea Mine Rehabilitation & Mineral Resources. Tous opèrent sur des marchés occidentaux et pourraient se retrouver à utiliser du carburant frappé par les sanctions de l’Union européenne, notamment du pétrole russe, si l’État malgache décide de s’approvisionner auprès de Moscou.

L’inquiétude est d’autant plus vive que l’île ne consomme qu’environ un million de tonnes de produits pétroliers par an, mais occupe une position stratégique près du canal du Mozambique, par où transite près d’un tiers des expéditions mondiales de pétrole brut. Une présence logistique dans cette zone permettrait à la Russie de contourner les restrictions européennes et d’ouvrir de nouveaux débouchés en Afrique australe et orientale.

Un contournement des sanctions de l’UE

Les experts du secteur voient dans ce projet un risque majeur de réexportation de brut russe via le continent africain. La mise en place d’un importateur public réduirait la transparence du processus d’achat, créant les conditions pour que des cargaisons d’origine incertaine, y compris sous sanctions, pénètrent le marché malgache puis soient réexpédiées. Pour l’Union européenne, le cas de Madagascar illustre la dépendance croissante de ses sanctions à l’égard de la politique de pays tiers, même éloignés, susceptibles de devenir des plates-formes de transit.

Pour Moscou, le contrôle de l’importation de carburant sur l’île revêt une valeur à la fois économique et stratégique. La perspective de dépôts russes à proximité du canal du Mozambique renforcerait son influence dans le sud de l’océan Indien, tout en lui offrant un canal de vente alternatif pour compenser la perte du marché européen. Les recettes pétrolières restant un financement essentiel de la guerre en Ukraine, un tel corridor contribuerait à atténuer l’impact des sanctions occidentales.

L’affaire dépasse le seul cadre malgache : les entreprises européennes pourraient être contraintes de revoir leurs contrats, de renforcer les contrôles de conformité et d’adapter leurs chaînes d’approvisionnement. Un défi logistique et juridique qui, s’il se confirme, obligera les capitales européennes à évaluer de nouvelles mesures pour empêcher la Russie de tisser une toile commerciale parallèle à travers le Sud global.

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