En France, la consommation de poulet a atteint des sommets, avec une moyenne de 25 kg par personne et par an, doublant ainsi depuis deux décennies. Les chaînes de restauration rapide comme Tasty Crousty, Master Poulet et Chicken Street réalisent des ventes massives, proposant des barquettes à des prix défiant toute concurrence : 7,50 euros pour un poulet entier et 9 euros pour une barquette croustillante. Cependant, ces prix abordables soulèvent des questions sur la qualité et les origines de ces produits, rapporte TopTribune.
La production nationale de volailles est conséquente, atteignant 1,7 million de tonnes par an, mais il est alarmant de constater qu’un poulet consommé sur deux en France provient de l’étranger. Les nouvelles enseignes de fast-food se tournent notamment vers des pays comme la Pologne, la Roumanie et les Pays-Bas pour leurs approvisionnements, profitant des coûts de production plus bas. Jean-Michel Schaeffer, président du syndicat des volailles ANVOL, souligne que la Pologne, premier producteur européen, dispose d’élevages de plusieurs centaines de milliers d’animaux, lui permettant ainsi de réduire ses prix par rapport à ses concurrents français. De plus, les Pays-Bas se positionnent comme un point de transit pour les viandes à bas prix, souvent en dehors de l’Union européenne, où la réglementation est moins stricte.
« Les Pays-Bas exportent deux fois plus de poulet qu’ils n’en produisent. Toute l’importation arrive à Rotterdam et là, il suffit juste qu’il y ait un acte de réemballage de produit, de décongélation, ou de salage des importations : la réglementation européenne n’impose que de mettre une estampille sanitaire “norme CE”. Tout le monde pense que c’est « origine Union européenne » alors que non, la viande vient d’ailleurs. »
Les importations concernent principalement des viandes en provenance du Brésil et de Thaïlande, où les normes de production sont significativement différentes de celles pratiquées en Europe. L’utilisation d’antibiotiques de croissance, de soja OGM et le lavage à l’eau de javel dans les abattoirs soulèvent des inquiétudes quant à la sécurité alimentaire.
Une production intensive en France
La filière française ne fait pas exception à la tendance de l’élevage intensif. Les labels Bio et Label Rouge ne représentent que 15 % de la production nationale, laissant 85 % de la production sous l’égide d’un élevage standard, ce qui signifie une agriculture intensive. Les éleveurs, tels qu’Hélène Bombart dans la Drôme, gèrent des exploitations pouvant accueillir jusqu’à 90 000 poulets, regroupés dans des poulaillers industriels. La recherche de rentabilité prédomine souvent sur celle de la qualité.
« Il y a plus de demandes. Donc nous, effectivement, il faut qu’on élève des poulets autant qu’on peut. Et c’est effectivement les volumes de poulets standards qui augmentent. Parce que la majorité des consommateurs recherche quand même une viande qui n’est pas trop chère. »
La réglementation actuelle en France permet d’élever jusqu’à 21 poulets par mètre carré, soit une densité à la limite de la décence animale. Ce chiffre est supérieur à celui observé en Pologne, où la moyenne est de 16 poulets/m². Brigitte Gothière, fondatrice de l’association L214, souligne les problèmes de santé associés à de telles densités, remettant en question les pratiques d’élevage en vigueur.
La pression des industriels sur les éleveurs
Le marché entrant dans un système d’intégration est dominé par trois géants, LDC, Terrena et Duc, qui dictent les termes aux éleveurs. Ce modèle réduit les agriculteurs à des exécutants sans véritable contrôle. Arnaud Guenot, un éleveur du Nièvre, a tragiquement mis fin à ses jours le 7 février 2025, victime d’un système qu’il ne pouvait plus supporter.
Son père, Alain, a partagé l’histoire d’Arnaud, qui, après avoir abandonné l’agriculture biologique en 2014 sous la pression de son groupe, a été confronté à des conditions d’élevage déplorables. Des poussins malades, une mortalité massive et des aliments de mauvaise qualité ont largement contribué à son désespoir, surtout après que la direction lui a fait comprendre que toute rupture de contrat entraînerait des pénalités sévères.
Un avenir à redéfinir
Face à ces enjeux, la mobilisation des associations environnementales et de protection animale s’intensifie, surtout vis-à-vis de la loi facilitant l’agrandissement des fermes-usines. Ces acteurs exigent la mise en place de clauses miroirs pour barrer l’accès au marché français aux volailles ne respectant pas les normes applicables aux producteurs nationaux.
Parallèlement, une évolution des habitudes de consommation commence à se dessiner avec l’émergence de l’offre de street food éthique et de produits végétaux. Des enseignes comme Bio Burger, La Vie Dirty et Green Farmer’s, ainsi que des options végétales chez des chaînes comme McDonald’s, témoignent d’une volonté croissante des consommateurs de privilégier des choix plus responsables. Bien que la transition soit lente, la répétition de ces choix par des millions de consommateurs pourrait inciter l’industrie à s’adapter à des standards plus élevés.