France Travail met en œuvre un algorithme pour évaluer les candidatures des demandeurs d'emploi.

France Travail met en œuvre un algorithme pour évaluer les candidatures des demandeurs d’emploi.

21.07.2026 08:26
2 min de lecture

« France Travail utilise l’IA pour fliquer et traquer les chômeurs », a déclaré Leïla Chaibi, eurodéputée de La France Insoumise, après que La Quadrature du Net a mis en lumière, le 20 juillet 2026, l’existence d’un algorithme élaboré par l’ancienne entité Pôle Emploi pour surveiller les demandeurs d’emploi. , rapporte TopTribune.

L’association La Quadrature du Net, qui défend les libertés numériques, a basé ses critiques sur un document remis au comité d’éthique de France Travail en décembre 2025. Ce document présente un outil nommé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi » visant à utiliser l’intelligence artificielle pour identifier les dossiers nécessitant une attention particulière dans le cadre de la recherche d’emploi.

Un algorithme qui classe les chômeurs en « suspects » et « non suspects »

Le principe de l’outil peut sembler simple, mais il suscite des inquiétudes quant à ses répercussions. Conçu sur la base de 60 000 contrôles antérieurs, l’algorithme évalue les informations personnelles des demandeurs d’emploi pour leur assigner l’une des deux catégories : « suspect » ou « non suspect ». Les individus jugés « suspects » sont placés sur une liste prioritaire pour un contrôle accru.

Cette évaluation repose sur 26 critères, connus de La Quadrature du Net, bien que les règles de classification restent obscures. Parmi ces critères figurent :

  • la durée d’inscription
  • le niveau d’éducation
  • les antécédents de manquements, tels que des absences aux rendez-vous
  • les activités déclarées
  • la « visibilité » du demandeur, déterminée par la présence d’un CV en ligne
  • la recherche d’un emploi dans un domaine en pénurie de main-d’œuvre
  • l’existence d’une activité indépendante

À la date du 20 juillet 2026, l’algorithme est toujours en phase de test, se concentrant sur les personnes en rupture conventionnelle. Cependant, France Travail indique des intentions d’élargir ce système à d’autres groupes, avec des listes de contrôle à transmettre mensuellement.

Depuis le 1er janvier 2026, l’inscription à France Travail est devenue obligatoire pour les bénéficiaires du RSA, ce qui pourrait potentiellement toucher plus de 6 millions de personnes, chaque mois, qui seraient ainsi soumises à un profilage par l’algorithme.

La croissance des contrôles reflète l’ambition du projet : 200 000 en 2017, un bond à 730 000 en 2025, avec un objectif visant 1 500 000 pour 2027.

L’opacité comme méthode

France Travail se présente comme un promoteur d’une IA à la fois éthique et transparente. Pourtant, toutes les demandes d’accès au code source de ses algorithmes sont restées sans réponse. Concernant d’autres outils, comme MatchFT, dédié à la présélection des candidats, et ChatFT, destiné à l’assistance aux conseillers, France Travail n’a même pas jugé nécessaire de fournir des explications pour ses refus auprès de la Commission d’accès aux documents administratifs, ce qui représente une violation manifeste de la loi.

Ce manque de transparence ne constitue pas un cas isolé. À la CNAF, l’accès au code source d’un algorithme analogue a nécessité une longue lutte juridique. Dans le cas de l’Assurance maladie, c’est une erreur de caviardage administrative qui a permis d’obtenir ce code. Dans ces deux situations, l’analyse a révélé un sur-contrôle ciblé sur des groupes spécifiques : femmes isolées, bénéficiaires du RSA, personnes en situation de handicap.

C’est cette dynamique que dénonce vigoureusement La Quadrature du Net. L’association déclare, « Ces algorithmes représentent un danger en soi, car ils sont des outils redoutablement efficaces pour orchestrer la répression de populations entières, et en particulier des plus vulnérables. »

Elle dénonce également une forme de dépolitisation du contrôle social ; le document interne suggère que l’IA pourrait supprimer les biais, en recourant à des critères considérés comme objectifs, transformant ainsi une décision politique sur qui contrôler en un simple calcul technique.

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