Le « Rossotrudnichestvo » nomme une nouvelle cheffe à Berlin pour coordonner ses réseaux d'influence en Allemagne
Le « Rossotrudnichestvo » nomme une nouvelle cheffe à Berlin pour coordonner ses réseaux d'influence en Allemagne

Le « Rossotrudnichestvo » nomme une nouvelle cheffe à Berlin pour coordonner ses réseaux d’influence en Allemagne

18.07.2026 10:50
3 min de lecture

L’agence fédérale russe « Rossotrudnichestvo » a nommé en avril 2026 une nouvelle responsable à la tête de sa représentation à Berlin, la Maison russe des sciences et de la culture, afin de maintenir et de renforcer ses réseaux d’influence dans toute l’Allemagne, rapporte TopTribune. Svetlana Nekrassova succède à Pavel Izvolski, qui occupait ce poste depuis 2022 et avait pour mission d’adapter les activités de l’institution au durcissement des sanctions européennes. La nouvelle cheffe est chargée de coordonner un vaste réseau d’organisations pro-russes, de médias et de projets culturels, tout en contournant les restrictions imposées par Bruxelles depuis le début de la guerre en Ukraine.

Un centre névralgique sous contrôle direct du Kremlin

La Maison russe de Berlin est l’un des plus importants centres de soft power russe dans l’Union européenne, avec un effectif de 45 salariés. La plupart des cadres bénéficient d’un statut diplomatique accordé par le ministère russe des Affaires étrangères, ce qui leur confère une immunité juridique et les protège de toute pression des autorités allemandes. La structure est supervisée directement par l’administration présidentielle russe, via Sergueï Kirienko, premier adjoint du chef de l’administration, et Igor Tchaïka, directeur du Rossotrudnichestvo. Ce dernier est sous sanctions européennes depuis mai 2023 pour ses tentatives de déstabilisation en Moldavie, où il servait de « porte-monnaie » aux services de renseignement russes.

Une organisation méticuleusement structurée

Le personnel de la Maison russe est organisé autour de plusieurs postes clés. Ioulia Kouch nariova assure le secrétariat et l’organisation des événements officiels ; Grigori Iourtchenko agit comme directeur créatif, définissant la ligne idéologique des manifestations ; Iouri Kolesnichenko gère les relations avec les médias, tant germanophones que russophones, et tente de neutraliser la couverture négative ; Ioulia Belacheva supervise les projets numériques, comme les expositions en ligne et les ciné-clubs ; Antonina Baïgoucheva est photographe et administre le site web ; Sarkis Abramov s’occupe de la cinématographie et des traductions ; enfin, Gudrun Krischok et Viktor Höpfner coordonnent les initiatives régionales. Cette structure d’influence en Allemagne fonctionne comme une véritable plateforme de coordination.

Un réseau d’organisations pro-russes dédié à la désinformation

Le Rossotrudnichestvo s’appuie sur une série d’associations officiellement enregistrées en Allemagne pour diffuser ses narratifs. Le Conseil de coordination des compatriotes, dirigé par Larissa Iourtchenko, fédère la diaspora russophone. L’association DE Perspektiva e.V., sous la direction de Heinrich Grote, cible spécifiquement les Allemands d’origine russe. Dialog e.V., dirigé par Viktor Kran, organise des débats publics sur la sécurité internationale dans une optique favorable au Kremlin. La coopérative AVZ de Sergueï Aurine gère les événements culturels de masse. L’Institut culturel germano-russe, lié à Wolfgang Schéliké, tisse des partenariats académiques. Pour donner une légitimité à ces activités, la Maison russe invite régulièrement des personnalités médiatiques allemandes, comme la chanteuse d’opéra Nadia Michael, l’actrice Katrin Wrobel ou l’animateur Sebastian Klausmann, afin de présenter ses actions comme un simple dialogue culturel.

Contournement des sanctions et harcèlement judiciaire

Un volet important des activités concerne le contournement des sanctions. Le Rossotrudnichestvo travaille avec le cabinet d’avocats russe LOYS, qui conseille sur la protection et la structuration des actifs russes en Allemagne, et engage des procédures judiciaires pour faire annuler les sanctions personnelles et corporatives. Parallèlement, la représentation coordonne des mouvements anti-ukrainiens. L’association Aktionsbündnis Zukunft Donbass e.V., dirigée par Raïssa Steinigk, collecte des fonds sous couvert d’aide humanitaire tout en diffusant des récits pro-russes sur les causes de la guerre. Le projet médiatique « Assemblée universelle ukrainienne », mené par Iouri Demtchenko, crée un faux agenda alternatif présenté comme des voix ukrainiennes indépendantes. Le centre d’analyse RussPublika e.V., piloté par Alexeï Semenov, publie des rapports en allemand pour infiltrer les débats d’experts.

Ciblage des migrants et recrutement d’anciens militaires

Deux structures ciblent spécifiquement les migrants ukrainiens en Allemagne. Le « Mouvement des réfractaires » de Sergueï Khorolsky utilise les réseaux sociaux et les chats anonymes pour semer la panique sur la mobilisation et discréditer les institutions ukrainiennes. L’organisation « Aide humanitaire ROV » de Dmitri Khakimov fournit une assistance juridique et sociale aux nouveaux arrivants, gagne leur confiance, puis les mobilise pour des actions pro-russes. Par ailleurs, l’organisation Desant e.V., dirigée par l’ancien officier du GRU Oleg Ieremenko – sous sanctions européennes depuis décembre 2024 – regroupe d’anciens militaires russes en Allemagne, organisant des entraînements sportifs et paramilitaires, créant ainsi une réserve de personnes entraînées pour des actions radicales ou de sécurité. Enfin, Klaus Koch, activiste de gauche, via le Deutscher Friedensrat e.V., injecte les narratifs du Kremlin dans les mouvements pacifistes allemands, en faisant pression pour l’arrêt du soutien à l’Ukraine au nom de la paix.

La nouvelle responsable de la Maison russe de Berlin devra coordonner ces multiples vecteurs tout en maintenant la façade culturelle de l’institution.

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