Au sein des troupes du Roi-Soleil, la présence de soldats préférant les hommes n’était pas tellement un tabou. Si bien que l’homosexualité des militaires français de l’époque était parfois moquée et méprisée, mais rarement réprimée et relativement tolérée.
Dans la France du XVIIe siècle, l’homosexualité au sein de l’armée, bien que parfois moquée, était souvent négligée et peu réprimée. Près de 450 000 soldats étaient engagés sous le règne de Louis XIV, et la présence de soldats ayant des préférences pour les hommes n’était pas considérée comme un tabou, rapporte TopTribune.
Des documents de l’époque, tels que des libelles et des correspondances privées, mentionnent l’homosexualité de certains militaires. Bien que souvent teintés d’ironie, ces écrits révèlent une réalité peu discutée. Des figures notables, comme Nicolas Chalon du Blé, maréchal de France, sont ainsi moquées pour leurs inclinations. La chanson qui évoque ses préférences amoureuses illustre ce mélange d’acceptation et de dérision. D’autres, tels que Claude Louis Hector, duc de Villars, sont également cités pour leurs passions, démontrant que l’homosexualité était bel et bien une réalité au sein des troupes.
La perception de l’homosexualité dans l’armée du XVIIe siècle va à l’encontre des stéréotypes selon lesquels seules les élites aristocratiques étaient concernées. En fait, un nombre considérable de soldats de rang inférieur se livraient également à de telles pratiques, révélant une complexité souvent ignorée dans l’histoire militaire française. Une analyse menée par Didier Godard indique qu’il existe des statistiques montrant qu’environ 17 % des accusations de « sodomie » touchent des vagabonds ou des marins, au lieu de s’attaquer principalement aux soldats de haut rang.
L’armée de Louis XIV, symbole de complexité sociale
Les relations entre soldats sont également marquées par la connotation d’une « faiblesse », souvent associée à l’homosexualité dans les discours de l’époque. Ce biais est visible dans le traitement des personnages historiques comme le duc Antoine de Gramont, qualifié de « berdache » suite à une défaite militaire. Ce lien entre orientation sexuelle et compétence militaire illustre comment des stéréotypes restrictifs persistaient.
Pourtant, des figures comme Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, réussissaient à transcender ces préjugés. Bien qu’il ait souffert d’humiliations publiques, il a prouvé sa valeur militaire, accédant à des succès notables sur le champ de bataille. Le pragmatisme de Louis XIV y est également pour quelque chose : le roi semblait tolérer ces inclinations dans un contexte où la discipline militaire et la cohésion des troupes primaient.
Entre consentement et domination
Des histoires comme celle de Louis II de Bourbon-Condé, qui fut un des généraux les plus en vue de son époque, nous rappellent que la vie militaire était également marquée par des relations complexes. Bien que certains soldats aient pu vivre leur sexualité ouvertement, les dynamiques de pouvoir dans l’armée laissaient place à des abus, tout comme dans les relations hétérosexuelles. La répression de comportements jugés immoraux était parfois inégale et contextualisée par le besoin de maintenir une armée solide.