En Corse, la réforme constitutionnelle sur l'autonomie suscite méfiance et attente parmi les habitants

En Corse, la réforme constitutionnelle sur l’autonomie suscite méfiance et attente parmi les habitants

02.06.2026 11:17
2 min de lecture

Réforme constitutionnelle pour l’autonomie de la Corse en débat

Les députés se réunissent en commission le 2 juin 2026 pour discuter d’une réforme constitutionnelle accordant à la Corse une « autonomie » et une flexibilité dans l’application de certaines lois sur son territoire. Cette question suscite des divergences profondes entre les formations politiques, rapporte TopTribune.

La réforme, qui fait suite aux déclarations d’Emmanuel Macron en 2022 et 2023, est le résultat de négociations avec l’Assemblée de Corse. Cependant, son adoption nécessite l’approbation de l’Assemblée, du Sénat, puis une majorité des 3/5e des parlementaires réunis. De plus, son application demandera une future loi organique pour précisé son champ d’action.

Les nationalistes corses qualifient ce projet de « rendez-vous historique« , bien que la population de l’île demeure sceptique, ayant attendu ce changement pendant des années. Une habitante exprime son impatience : « Ça dure depuis trop longtemps parce qu’on a été déçus plusieurs fois. La confiance finit par s’émousser.« 

Cette promesse d’autonomie, présente depuis 2022, a été ravivée suite à l’assassinat d’Yvan Colonna, un indépendantiste, en prison. Les violences qui ont suivi avaient conduit le gouvernement à considérer cette réforme comme une réponse visant à restaurer l’ordre. « C’est important pour nous et on l’attend !« , déclare un résident. Il souligne également les obstacles politiques potentiels : « Il y aura des présidentielles, et si un Jordan Bardella arrive, le RN ne soutiendra pas la Corse.« 

Le processus législatif s’annonce complexe. Les élus corses aspirent à un pouvoir de vote sur des lois spécifiques. Mais une fois la Constitution amendée, des textes supplémentaires seront nécessaires pour définir les contours de cette autonomie. « Entretemps, il y aura les présidentielles. S’il y a un Jordan Bardella qui passe, le RN sera fermé sur le sujet de la Corse, j’y crois moyen… » poursuit un habitant.

La crainte demeure que l’autonomie ne représente qu’une chimère en cas de changement politique. Les discussions autour de la reconnaissance d’une « communauté » corse, liée à « sa » terre, ainsi que le pouvoir législatif accordé à la collectivité, se heurtent déjà aux réserves émises par le Conseil d’État. Malgré tout, le gouvernement continue de porter ce projet. Dans la rue, le silence persiste chez ceux qui craignent une dérive si le pouvoir local obtient la légitimité législative.

À l’Assemblée territoriale, Jean-Martin Mondoloni, président du principal groupe d’opposition, critique vigoureusement cette initiative. « Je trouve ça particulièrement préoccupant que l’Assemblée de Corse légifère sur la Sécurité sociale, sur l’école…« , souligne-t-il, avertissant que le système éducatif, bien que perfectible, repose sur des normes uniformes à travers la France.

Actuellement, le projet de loi n’envisage qu’une consultation éventuelle des Corses. Mondoloni appelle à un référendum rapide, car les nationalistes espèrent, d’ici quinze ans, conférer à l’île un pouvoir législatif étendu, hormis sur les questions régaliennes.

« On ne va pas battre la monnaie, pas faire la justice, pas faire la police, mais on va faire tout le reste. »

Jean-Martin Mondoloni

à franceinfo

Un appel récurrent évoque la possibilité de restreindre l’accès à la propriété pour les résidents de l’île, une mesure défendue par Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée territoriale. « Nous faisons face à une pénurie de logements et une forte spéculation immobilière. Nous souhaitons préserver l’accessibilité aux logements. » Cependant, elle reconnait que cette approche est actuellement inconstitutionnelle, car elle impliquerait une « préférence corse« .

Avec une constitution qui pourrait bientôt reconnaître une « communauté » corse unie par un « lien singulier » avec « sa terre« , les nationalistes espèrent enfin instituer un statut de résidence, une revendication de longue date.

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