Mardi, Raphaël Glucksmann, député européen, a déclaré qu’il se donnait trois mois pour décider de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Alors que pour le président du parti Place publique rien n’est encore acté, plusieurs autres figures politiques ont déjà officialisé leur intention de se présenter, notamment Gabriel Attal, Jean-Luc Mélenchon et Bruno Retailleau, avec des annonces faites entre février et mai 2026, rapporte TopTribune.
La question du moment idéal pour annoncer sa candidature se pose. « Le timing pour se déclarer à la présidentielle est toujours très compliqué », explique Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’information à l’université catholique de l’Ouest. Selon lui, la plupart des candidats choisissent de se déclarer « entre neuf mois et un an » avant le scrutin, période jugée comme un « bon timing ».
Se lancer « tôt » quand on est « inconnu »
« Nous venons d’entrer dans une zone de déclaration de candidatures », observe Bruno Cautrès, politologue au Cevipof au CNRS à Sciences Po. Dans dix mois, l’élection sera imminente et six mois avant, la campagne sera en pleine effervescence. L’été représente donc « une bonne opportunité » pour officialiser une candidature, souligne Amélie Salmon, conseillère politique chez BALLAST. « C’est un temps mort politique, ce qui laisse de l’espace pour que les Français en discutent », ajoute-t-elle. Cautrès met en garde que ce sera « trop tard » à la rentrée d’automne, car tous les grands candidats seront déjà en lice, rendant difficile pour les nouveaux entrants de se faire entendre dans un espace médiatique saturé.
Pour les figures moins connues, « il est crucial de démarrer tôt pour habituer le grand public à leur image et capitaliser sur une visibilité médiatique », selon Salmon. Pour ceux déjà établis, une candidature précoce permet de définir ses thématiques et forces et force les autres candidats à prendre position face à eux. Cependant, Cautrès avertit des risques de devoir s’ajuster aux évolutions de l’actualité, ce qui peut mener à des incohérences dans les prises de position.
Le risque de se présenter « trop tôt »
Les experts s’accordent à dire qu’il ne faut pas se précipiter. « Deux ans avant, c’est trop tôt », affirme Eyries. Les leaders qui se présentent trop en avance peuvent perdre l’attrait de la nouveauté. Amélie Salmon évoque l’exemple de Bruno Retailleau, qui, après s’être déclaré avant les municipales, semble avoir disparu de l’actualité. Elle souligne que les candidats doivent établir un planning robuste de communication pour maintenir leur visibilité.
Edouard Philippe, en revanche, dont la candidature s’étend sur deux ans et demi, a su « occuper le terrain » et se démarquer de l’image du président Macron, note Cautrès. Sa situation est facilitée par son propre parti, contrairement à Gabriel Attal, qui représente les macronistes.
En choisissant de déclarer sa candidature lors d’une visite à Mur-de-Barrez, Attal souhaite se dissocier des conventions parisiennes et établir une nouvelle image. Selon Salmon, « le meilleur moment » pour se déclarer est celui qui s’inscrit parfaitement dans la stratégie électorale du candidat et qui est adéquat à sa présentation, son profil et la situation en France, sans être dicté par des éléments extérieurs.
Les stratégies des vainqueurs des précédentes présidentielles
Pour mieux comprendre les stratégies gagnantes, il est utile d’examiner les candidatures victorieuses des précédentes élections. Emmanuel Macron avait fait son annonce en novembre 2016, conduisant une campagne éclair parfaitement orchestrée. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont également choisi l’automne précédent leur scrutin pour se déclarer, respectivement en novembre 2006 et mars 2011. Salmon résume : « En réalité, tout est possible ; cela dépend de la préparation en amont. »
La question du nombre de candidats est également cruciale. « S’il y en a vingt, c’est l’abstention qui l’emporte. Certains devront envisager des synergies et rejoindre d’autres campagnes », prévient-elle. Des « surprises » sont à prévoir dans les mois à venir.