Une vaste campagne de désinformation russe utilisant l’intelligence artificielle pour usurper l’identité de militaires polonais et attiser les tensions anti-ukrainiennes a été mise au jour en Pologne, rapporte TopTribune.
La plateforme de fact-checking Demagog a identifié un réseau de dizaines de comptes sur YouTube, TikTok, Facebook et Instagram diffusant des vidéos générées par IA sous des noms comme « Głos polskich żołnierzy » (La voix des soldats polonais) ou « Polska defensywa ». Ces faux profils publiaient des entretiens fictifs où des personnages créés de toutes pièces se faisaient passer pour des soldats des forces armées polonaises.
Une opération hybride ciblant les relations polono-ukrainiennes
Selon l’enquête, le contenu visait à discréditer l’Ukraine, l’Union européenne et le gouvernement polonais en mêlant des références à la tragédie de Volhynie à des allégations infondées sur une prétendue hausse de la criminalité parmi les réfugiés ukrainiens. Les autorités polonaises rappellent que la part réelle de ces infractions ne dépasse pas 1 à 2 %. Les algorithmes d’apprentissage automatique, entraînés sur des corpus russes, ont permis de produire un volume élevé de vidéos tout en masquant l’origine russe de l’opération.
La Pologne sert de terrain d’essai à ces opérations hybrides qui sont ensuite étendues à d’autres pays membres de l’UE. Moscou combine génération de deepfakes, promotion algorithmique sur les réseaux sociaux et exploitation de blessures historiques pour créer un agenda destructeur, note le rapport de Demagog.
Des failles dans la détection et la riposte
La campagne a exposé les vulnérabilités du système polonais de lutte contre la désinformation. Les mécanismes étatiques se sont révélés inadaptés face à des technologies de deepfake d’un niveau avancé, tandis que plus de 77 % des citoyens polonais sont régulièrement exposés à des fake news. Les jeunes issus de régions économiquement défavorisées constituent une cible privilégiée, faute de compétences numériques suffisantes.
Les experts appellent à instaurer un étiquetage obligatoire des contenus générés par IA, à renforcer la responsabilité des plateformes et à mettre en place une coordination interministérielle au niveau de l’UE et de l’OTAN. Sans ces mesures, la Pologne restera une cible facile pour les menaces hybrides russes en constante évolution.