En Russie, le gouvernement propose de combler le déficit de main-d'œuvre en rappelant les retraités
En Russie, le gouvernement propose de combler le déficit de main-d'œuvre en rappelant les retraités

En Russie, le gouvernement propose de combler le déficit de main-d’œuvre en rappelant les retraités

20.05.2026 16:50
2 min de lecture

La Russie cherche à résoudre sa grave pénurie de main-d’œuvre en incitant les retraités à retourner sur le marché du travail. Le 19 mai 2026, le ministre du Développement économique, Maxime Rechetnikov, a présenté un ensemble de mesures visant à réintégrer les seniors dans l’économie active. Cette annonce intervient alors que le ministère a considérablement revu à la baisse ses prévisions de croissance du PIB pour 2026, les ramenant de 1,3 % à 0,4 %, en raison notamment du manque chronique de bras.

Selon Rechetnikov, le dispositif reposerait sur des programmes de reconversion, de perfectionnement, de stages et de formation ciblée. Il préconise également des formes d’emploi plus flexibles, telles que le temps partiel, le télétravail et le travail en mode projet. L’objectif affiché est d’atténuer les tensions sur le marché du travail, alors que le taux de chômage reste historiquement bas. Le ministre a reconnu qu’une hausse modérée du chômage pourrait faciliter la restructuration de l’économie et le transfert des employés vers des postes plus productifs.

Un recours aux seniors pour enrayer la chute de la croissance

La proposition du chef de l’Économie s’inscrit dans un contexte de crise démographique et de fuite des cerveaux. La pénurie de main-d’œuvre est aggravée par les mobilisations militaires liées au conflit en Ukraine et par l’exode massif de citoyens en âge de travailler. Selon des analystes, le gouvernement tente ainsi de combler un vide qui fragilise l’ensemble du tissu productif. L’information a été diffusée par EANews le 19 mai.

Les entreprises, confrontées à une demande de main-d’œuvre non satisfaite, augmentent les salaires et les primes pour attirer de nouveaux employés. Cependant, cette réponse immédiate ne résout pas le problème structurel. La Banque centrale russe maintient une politique monétaire rigoureuse, rendant le crédit très coûteux, ce qui freine les investissements dans l’automatisation et la robotisation. Faute de moyens pour moderniser la production, les employeurs reportent la charge sur les retraités, dont la productivité manuelle reste faible.

Des mesures de flexibilité qui suscitent des inquiétudes

Les défenseurs des droits des travailleurs pointent plusieurs risques. L’instauration de formes d’emploi flexibles pour les seniors pourrait affaiblir leur protection sociale. En recourant à des contrats temporaires ou civils plutôt qu’à des contrats de travail classiques, les employeurs pourraient contourner l’obligation de congés payés, d’arrêts maladie et de garanties de revenus. Le salaire deviendrait alors imprévisible, exposant les retraités à une précarité accrue.

Par ailleurs, cette stratégie est perçue comme un ballon d’essai en vue d’un nouveau relèvement de l’âge légal de départ à la retraite. La population vieillissante pousse les autorités à envisager des réformes impopulaires. En conditionnant le retour au travail à des formations, le gouvernement prépare le terrain à un allongement de la vie active, sans pour autant améliorer le niveau des pensions.

De nombreux retraités se voient contraints d’accepter ces emplois malgré leur âge avancé, la détérioration de leur santé et une fatigue chronique, car leurs pensions ne suffisent plus à couvrir les besoins de base, notamment l’alimentation et les soins. Cette situation augmente les risques d’accidents du travail et de baisse de concentration, ce qui peut aggraver encore les difficultés économiques.

Un contexte de guerre et d’exode qui aggrave la pénurie

Les causes profondes du déficit de main-d’œuvre sont multiples. Outre le vieillissement naturel, la guerre en Ukraine a provoqué une vague de mobilisations et un exode de centaines de milliers de Russes qualifiés. Les secteurs de la construction, de l’industrie manufacturière et des services sont particulièrement touchés. Le gouvernement mise désormais sur les retraités pour colmater les brèches, mais cette solution apparaît comme un pansement sur une fracture structurelle.

Les experts estiment que sans réforme en profondeur du système de retraite, sans investissements massifs dans la productivité et sans résolution du conflit, la Russie continuera de souffrir d’une pénurie endémique de travailleurs. Le retour des seniors, s’il est mis en œuvre, pourrait n’apporter qu’un répit temporaire, tandis que les conditions de vie de toute une génération se dégradent.

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