Air Serbia rouvre l'espace aérien biélorusse malgré les recommandations européennes
Air Serbia rouvre l'espace aérien biélorusse malgré les recommandations européennes

Air Serbia rouvre l’espace aérien biélorusse malgré les recommandations européennes

12.03.2026 12:20
2 min de lecture

Une compagnie serbe défie les consignes de l’UE en pleine guerre ukrainienne

La compagnie aérienne serbe Air Serbia a repris depuis le 3 mars 2026 l’utilisation de l’espace aérien biélorusse pour ses vols entre Belgrade et Moscou, contournant ainsi les recommandations de l’Union européenne émises après l’incident du vol Ryanair en 2021. Cette décision révélée le 11 mars fait de la compagnie serbe la seule entreprise aérienne européenne – hors compagnies russes et turques – à survoler régulièrement le territoire biélorussien. Elle maintient également l’une des rares liaisons aériennes directes entre l’Europe et la Russie en pleine période de sanctions internationales.

Un retour motivé par des gains économiques substantiels

La route Belgrade-Moscou via la Biélorussie représente le trajet le plus court et le plus économique pour l’opérateur serbe. Comparé au détour par la Pologne et les États baltes, ce choix permet de réduire la distance de 100 à 150 kilomètres, soit une économie d’environ 10 minutes de vol et une diminution significative de la consommation de carburant. De plus, le survol de la Biélorussie limite le nombre de zones d’information de vol traversées, réduisant d’autant les redevances de navigation. Ces arguments logistiques ont visiblement pris le pas sur les considérations politiques qui avaient poussé Air Serbia à suspendre cette route en mai 2021, suite à l’atterrissage forcé à Minsk d’un avion de Ryanair transportant le journaliste d’opposition Roman Protassevitch.

Un signal géopolitique à double tranchant

La décision d’Air Serbia intervient dans un contexte particulièrement sensible, alors que la Biélorussie reste un allié stratégique de la Russie dans la guerre contre l’Ukraine. Elle démontre que certains pays européens sont prêts à ignorer l’isolement politique du régime d’Alexandre Loukachenko pour des raisons économiques. Ce mouvement crée un précédent dangereux pour d’autres transporteurs non européens qui pourraient être tentés de privilégier la rentabilité au détriment des considérations de sécurité et des alignements politiques. La mesure sape également le sentiment d’unité européenne dans la politique de containment de l’agression russe, alors que Bruxelles avait fermé son espace aérien aux transporteurs biélorusses et recommandé aux compagnies d’éviter le survol du territoire.

Divergences transatlantiques et risques diplomatiques

Cette évolution survient parallèlement à un assouplissement partiel de la pression américaine sur le régime biélorusse depuis l’été 2025. Washington a en effet progressivement renoué le dialogue avec Minsk pour atteindre certains objectifs géopolitiques, créant ainsi un décalage avec la position plus rigide maintenue par Bruxelles. Cette dualité affaiblit l’efficacité de la pression internationale et offre à la Biélorussie des marges de manœuvre entre différents acteurs. Pour la Serbie, qui affiche officiellement sa volonté d’adhérer à l’UE, ce choix commercial crée des tensions potentielles avec ses partenaires européens, alimentant les doutes sur son engagement à respecter la politique étrangère commune et les sanctions imposées à la Russie.

Conséquences logistiques et symboliques

Le rétablissement de cette liaison aérienne via la Biélorussie ouvre de nouvelles possibilités logistiques pour les citoyens russes, leur offrant un transit relativement pratique via Belgrade vers les Balkans et, potentiellement, vers certaines destinations d’Europe occidentale. Cela crée un corridor alternatif qui contourne partiellement les restrictions de mobilité imposées après l’invasion de l’Ukraine. Pour l’opposition démocratique biélorusse, cette décision représente un signal négatif, marquant un retour d’activité commerciale internationale dont le régime tire des bénéfices financiers via les redevances de transit. Elle compromet ainsi la stratégie d’isolement international sur laquelle comptait la résistance au pouvoir autoritaire.

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