La Fin des Séries Télévisées : Analyse des Conclusons Marquantes
Le Docteur Vladimir Lifschutz est chercheur à l’université et dispense des cours dans les écoles de cinéma. Son travail est articulé sur la notion de fin dans les séries télévisuelles., rapporte TopTribune.
Attention, cet article contient des spoilers sur certaines séries télévisées.
La thématique de la conclusion dans les séries télévisées se dessine comme un récit feuilletonesque, riche en complexité et ponctué de moments de suspense. En explorant les conclusions emblématiques, qu’il s’agisse de la finale cathartique de Breaking Bad ou de la fin controversée de Game of Thrones, il est clair que la conclusion d’une série ne constitue pas simplement un clou final dans un récit, mais plutôt un terrain d’expression des ambitions narratives et de l’héritage créatif. La fermeture d’une série est une expérience qui transcende une simple forme de divertissement. Regarder une série devient fréquemment un rituel partagé avec des amis, des partenaires ou des familles. Beaucoup d’entre nous se souviennent de moments passés sur un canapé, entourés de visages familiers, regardant une histoire où tout semblait possible. Les études en sciences cognitives révèlent que les émotions ressenties envers des personnages fictifs sont souvent comparables à celles que nous éprouvons pour nos proches. Un témoignage dans le documentaire d’Olivier Joyard, intitulé Fins de séries (2016), illustre ce phénomène : « Je connais mieux les personnages de Mad Men que ma propre famille ». En 2015, l’auteur Tristan Garcia a exploré la connexion entre les émotions générées par les fins de séries et la nature des relations interpersonnelles, concluant sur une note poétique que certaines séries nous quittent paisiblement, tandis que d’autres nous laissent derrière. Ainsi, la clôture d’une série devient une question d’affect. Terminer une série peut s’apparenter à une forme de transition, de transformation et même de deuil. D’autre part, certaines fins choisissent d’adopter une posture ouverte, refusant une conclusion définitive, comme nous le verrons avec le cas de Tony Soprano, dont le départ de la série laisse un immense vide, encore débattu par de nombreux téléspectateurs.
Stranger Things, en revanche, s’inscrit dans une tradition différente, semblable à St Elsewhere ou encore The Leftovers. Dans cette dernière, la conclusion se déroule autour d’une tasse de thé où deux personnages discutent de la mystérieuse disparition de 2% de la population un 14 octobre 2011. Nora évoque un voyage dans une réalité parallèle où ces disparus continuent à vivre, tandis que Kevin, son partenaire, choisit de croire en son récit sans qu’il soit confirmé par l’image. Les spectateurs sont donc libres de croire ou non à cette version de l’histoire. De manière similaire, Stranger Things propose une finale ambiguë, laissant les fans s’interroger si Eleven s’est réellement sacrifiée ou si elle a accédé à un paradis attendu par Will. Ce dernier, en tant que narrateur, agit comme un alter ego des Frères Duffer, orchestrant deux récits dont l’authenticité ne dépend que de l’interprétation des spectateurs. Les personnages choisissent d’adhérer à cette fiction, et ce, bien qu’ils évoluent eux-mêmes dans cet univers fictif. À la différence de The Leftovers, l’accent est mis sur la représentation visuelle de la survie d’Eleven, suggérant un heureux dénouement. Cependant, cette fin, en apparence positive, peut apparaître réductrice, dépossédant le personnage des relations qui l’ont façonnée, renforçant ainsi sa problématique d’abandon.
La tension entre fin et croyance est au cœur du débat suscitée par la conclusion de Stranger Things. Les fans continuent d’alimenter la série à travers leurs interprétations de la fin, raniment ainsi les émotions qu’elle a engendrées. La conclusion pose une question cruciale : celle du choix. Les téléspectateurs sont appelés à prendre part à cette dynamique de Donjons & Dragons, comme les personnages eux-mêmes le font dans la dernière séquence de la série, soulignant que chaque fin est une décision à prendre.