Viktor Orbán a financé une campagne européenne de son manifeste pour 313 millions de forints
Viktor Orbán a financé une campagne européenne de son manifeste pour 313 millions de forints

Viktor Orbán a financé une campagne européenne de son manifeste pour 313 millions de forints

25.08.2026 21:40
3 min de lecture

Le gouvernement de Viktor Orbán a dépensé plus de 313 millions de forints en 2021 pour publier dans 18 journaux étrangers un manifeste critiquant l’orientation de l’Union européenne, selon de nouveaux documents rendus publics le 24 août 2026, rapporte TopTribune.

Le texte, intitulé « Sur l’avenir de l’UE – les propositions de la Hongrie », avait été publié sous le nom de l’ancien Premier ministre hongrois. Il était accompagné du slogan : « Nous disons non à l’empire européen ! » L’opération visait plusieurs marchés de presse européens et a représenté une dépense de 313 millions de forints prélevée sur des fonds publics hongrois.

Les documents cités dans le compte rendu disponible dans la presse hongroise détaillent le coût de cette campagne ainsi que son dispositif de diffusion. Le manifeste comportait sept points consacrés à l’avenir de l’intégration européenne, à la répartition des compétences entre l’Union et les États membres et à la place des gouvernements élus dans la prise de décision.

Un texte publié au moment de la rupture avec le PPE

La campagne a été lancée après plusieurs épisodes ayant fortement tendu les relations entre Budapest et les institutions européennes. En mars 2021, le parti Fidesz a quitté le groupe du Parti populaire européen au Parlement européen. Quelques mois plus tard, en juin, la Hongrie a adopté sa loi dite de « protection de l’enfance ». Ce texte a été critiqué lors d’un sommet de l’Union européenne.

Le manifeste proposait une lecture politique de cette confrontation. Viktor Orbán y rejetait l’idée d’une « superpuissance européenne » et celle d’une « empire européen ». Il défendait une Union dans laquelle les décisions seraient prises par les dirigeants élus plutôt que par des organisations non gouvernementales.

Le texte liait également l’avenir de l’intégration européenne à la réussite économique. Il abordait la migration, la pandémie, le renforcement du rôle des parlements nationaux et la confiance dans la démocratie. Parmi les propositions avancées figurait aussi l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne.

La formulation du manifeste opposait ainsi la vision d’une intégration davantage dirigée par les institutions européennes à une conception mettant l’accent sur la souveraineté des États et la légitimité des dirigeants nationaux. Le slogan choisi pour les annonces donnait à la campagne une tonalité explicitement critique à l’égard de Bruxelles.

Plusieurs journaux ont refusé de publier les annonces

Les documents font aussi apparaître les limites rencontrées par les organisateurs pour diffuser le texte dans les médias étrangers. Plusieurs grands journaux ont refusé de publier la publicité ou le manifeste. C’est notamment le cas de The Times of Malta, de De Standaard, de La Libre Belgique, de De Morgen et de The Irish Times.

Le quotidien suédois Dagens Nyheter avait proposé à la place un entretien. Les représentants hongrois n’ont toutefois pas donné suite à cette proposition, selon les informations rapportées. La campagne a donc reposé sur l’achat d’espaces dans des journaux qui ont accepté de publier le texte, plutôt que sur une série d’interviews ou de tribunes éditoriales.

Le montant de la dépense, supérieur à 313 millions de forints, concerne une opération destinée à un public situé hors de Hongrie. Les documents ne présentent pas seulement le contenu du manifeste : ils permettent aussi de mesurer les moyens financiers mobilisés par le gouvernement hongrois pour faire connaître ses positions dans plusieurs pays européens.

Les griefs de Bruxelles au cœur de la confrontation

La publication intervient dans une période où le gouvernement Orbán faisait déjà l’objet de critiques de Bruxelles sur plusieurs sujets. Le texte source mentionne des différends portant sur l’État de droit en Hongrie, l’utilisation jugée insuffisamment transparente de fonds européens et des affaires de corruption. Ces griefs ont nourri les tensions entre Budapest et les institutions de l’Union.

Dans ce cadre, la campagne ne se limitait pas à une présentation technique de propositions institutionnelles. Elle défendait publiquement une ligne politique opposée à une extension du pouvoir supranational européen et insistait sur le rôle des gouvernements et des parlements nationaux. Le refus de l’expression « empire européen » constituait l’un des axes centraux du message diffusé dans la presse étrangère.

Le manifeste abordait aussi des dossiers qui figuraient alors parmi les sujets de débat au sein de l’Union, notamment la migration, la gestion de la pandémie et la confiance dans les institutions démocratiques. Il ne s’agissait pas d’un document consacré à une seule politique publique, mais d’un ensemble de propositions portant sur la direction politique et institutionnelle de l’Europe.

Le coût de cette opération est désormais documenté alors que l’orientation du gouvernement hongrois était déjà associée à des affrontements répétés avec les institutions européennes. Les éléments rendus publics portent sur la campagne de 2021, ses supports de diffusion, les refus de plusieurs titres et le contenu des sept propositions formulées dans le manifeste.

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