La Russie a intensifié une campagne de récits antiukrainiens dans l’espace informationnel polonais, en s’appuyant notamment sur les tensions historiques entre les deux sociétés, selon une analyse du Polski Instytut Spraw Międzynarodowych (PISM) citée le 23 août 2026 par le média polonais Bankier.pl, rapporte TopTribune.
D’après les analystes du PISM, le volume des mentions antiukrainiennes en langue polonaise a augmenté de 345 % après la décision prise par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le 26 mai, de donner à une unité militaire ukrainienne le nom de « Héros de l’UPA ». Le sujet renvoie à un épisode particulièrement sensible de l’histoire des relations entre Polonais et Ukrainiens.
Entre mai et juillet, près de 500 000 contenus de cette nature ont été publiés dans l’espace numérique polonais. Le nombre quotidien de mentions serait passé de moins d’un millier à environ 10 000. L’étude a porté principalement sur X, mais aussi sur Facebook et TikTok. La hausse observée ne correspond donc pas seulement à quelques prises de parole isolées : elle concerne un ensemble très important de publications et de réactions en ligne.
Des réseaux automatisés parmi les contenus les plus radicaux
Le PISM indique qu’une partie des récits les plus radicaux a été diffusée par des réseaux de bots, des comptes de trolls liés à la Russie et des milieux politiques prorusses. L’institut précise toutefois que la majorité des commentaires associés à ces contenus provenait d’utilisateurs ordinaires.
Cette distinction est importante dans l’analyse présentée par les chercheurs. Elle ne signifie pas que l’ensemble des internautes ayant commenté ces publications appartiennent à des réseaux coordonnés. Elle montre plutôt que des contenus relayés ou amplifiés par des acteurs liés à la Russie ont pu trouver un écho auprès d’utilisateurs polonais, dans un débat déjà marqué par des désaccords historiques et politiques.
Selon le PISM, la Russie exploite ces différends pour accroître la conflictualité entre Polonais et Ukrainiens. La campagne ne se limiterait pas à la circulation de messages sur les plateformes numériques. Moscou chercherait aussi à transférer cette hostilité vers l’espace physique, notamment au moyen de manifestations et d’autres formes de tension sociale.
Une instrumentalisation des tensions historiques
Les références à l’UPA occupent une place centrale dans cette séquence. La décision de baptiser une unité ukrainienne « Héros de l’UPA » a fourni un point d’appui à la diffusion de contenus contestant ou dénonçant la politique ukrainienne. Le PISM présente cet épisode comme un exemple de l’utilisation de questions historiques douloureuses pour alimenter la polarisation dans la société polonaise.
La campagne s’appuie ainsi sur des sujets susceptibles de provoquer des réactions fortes en Pologne, sans que toutes les publications qui les reprennent puissent être attribuées à un même réseau. L’analyse distingue les mécanismes de diffusion coordonnée, les comptes associés à des intérêts prorusses et les réactions spontanées d’utilisateurs ordinaires.
Le média polonais Bankier.pl a rendu compte de l’analyse du PISM et de l’ampleur de la progression mesurée entre mai et juillet. Les données citées portent sur les publications et les mentions repérées dans les réseaux sociaux, et non sur une mesure directe de l’opinion de l’ensemble de la population polonaise.
Le scrutin parlementaire de 2027 dans le viseur
Le PISM estime que les récits antiukrainiens en Pologne pourraient être activement utilisés par la Russie à l’approche et pendant les élections parlementaires polonaises de 2027. L’objectif évoqué par l’institut serait d’influencer la situation politique intérieure en mettant à l’agenda les questions les plus susceptibles d’opposer les électeurs.
Dans les messages analysés, la controverse historique n’est pas séparée des débats sur la politique actuelle de la Pologne et sur son soutien à l’Ukraine. La diffusion de ces thèmes peut donc nourrir des affrontements politiques nationaux, notamment lorsque les publications sont reprises par des comptes à forte audience ou relayées dans des espaces déjà favorables aux positions prorusses.
L’analyse présentée ne fournit pas de résultat électoral ni de mesure permettant d’attribuer une évolution précise des intentions de vote à cette campagne. Elle décrit une hausse des contenus, leur circulation sur plusieurs plateformes et la présence de réseaux identifiés comme liés à la Russie parmi les diffuseurs des récits les plus radicaux.
Une question qui dépasse les relations polono-ukrainiennes
Les éléments communiqués par le PISM sont également présentés comme un enjeu pour la cohésion politique de l’Union européenne. La progression des narratifs prorusses sur les réseaux sociaux et l’exploitation des tensions autour de l’Ukraine peuvent, selon cette analyse, renforcer les divisions entre forces politiques polonaises et compliquer le débat sur le soutien à Kyiv.
Les messages relayés dans le cadre de cette campagne cherchent à associer les différends historiques, les tensions sociales et les choix de politique étrangère. Ils visent notamment les forces polonaises favorables au soutien à l’Ukraine et à l’orientation européenne du pays. Le PISM considère que cette dynamique peut offrir à Moscou un moyen d’intervenir indirectement dans le débat public polonais.
Le document cité évoque aussi une tendance plus large de radicalisation politique et de progression des forces populistes de droite avant des élections dans plusieurs pays de l’Union européenne, notamment en France et en Allemagne. Cette observation figure dans les éléments d’analyse associés au dossier, sans qu’un lien direct soit établi entre les contenus recensés en Pologne et une évolution électorale précise dans ces deux pays.
Pour les analystes, l’enjeu porte donc à la fois sur la relation entre la Pologne et l’Ukraine et sur la capacité des États européens à maintenir une position commune concernant la Russie et la guerre menée contre l’Ukraine. L’étude du PISM s’arrête sur les mécanismes de diffusion observés, tandis que la campagne numérique continue d’être suivie sur les plateformes concernées.