Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a révélé que l’État prélèvera en 2027 l’intégralité de l’excédent projeté par l’Unédic, soit 2,1 milliards d’euros. Au cours d’un entretien avec L’Opinion le 5 octobre, il a indiqué que l’Unédic devrait atteindre l’équilibre l’année suivante, se réjouissant d’avoir amené le régime à cette situation. Cependant, cette décision se prend dans un contexte de déficit public persistant, l’État ayant déjà extraits 12 milliards d’euros des fonds de l’Unédic depuis 2023, y compris 4,1 milliards prévus pour 2026, ce qui dépassera l’excédent anticipé de cette année, créant ainsi une perte de 2,3 milliards d’euros, rapporte TopTribune.
Le gouvernement justifie ces prélèvements en affirmant que les économies au sein de l’assurance-chômage peuvent contribuer à la réduction du déficit public. Cette approche est contestée par des représentants de l’Unédic, qui soutiennent que les excédents devraient être prioritairement affectés au remboursement de la dette de l’institution.
Patricia Ferrand et Jean-Eudes Tesson alertent sur les risques d’une nouvelle ponction
Avant l’annonce de Jean-Pierre Farandou, Patricia Ferrand et Jean-Eudes Tesson, responsables de l’Unédic, ont tiré la sonnette d’alarme dans Le Monde sur les effets néfastes d’une nouvelle ponction. Ils ont insisté sur le fait que l’assurance-chômage ne devrait pas être utilisée comme outil d’ajustement des finances publiques, en particulier dans une période de dégradation économique et d’augmentation du chômage. Ils ont également souligné que les prévisions financières pourraient être révisées à la baisse.
Patricia Ferrand a précisé que l’excédent projeté pour 2027 pourrait être réduit de moitié en raison d’une conjoncture économique difficile. Des organismes tels que l’Insee et la Banque de France ont récemment modifié leurs prévisions de croissance du PIB, poussant l’Unédic à revoir ses propres projections financières.
Jean-Eudes Tesson a demandé au ministre de clarifier comment l’Unédic serait en mesure de maintenir son équilibre malgré la baisse anticipée des excédents.
Une dette qui devrait atteindre 61,5 milliards d’euros fin 2026
L’endettement de l’Unédic, qui devrait atteindre 61,5 milliards d’euros d’ici la fin de 2026, constitue un problème majeur. Si l’État n’établissait pas ces prélèvements, la dette aurait pu être réduite à 59,4 milliards d’euros à la fin de 2027, et à 55,4 milliards d’euros à la fin de 2028. Ces ponctions entravent donc une baisse jugée indispensable de la dette.
Patricia Ferrand a déploré que ces prélèvements entravent les efforts de désendettement, mettant en péril la viabilité financière du régime face aux défis économiques à venir. En juin, syndicats et employeurs avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sur les dangers d’un endettement accru, particulièrement pour couvrir les frais liés aux décisions étatiques antérieures, comme le chômage partiel durant la crise sanitaire du Covid-19.
Les recettes de l’assurance chômage : cotisations patronales et CSG
Les revenus de l’Unédic proviennent essentiellement des cotisations des employeurs ainsi que de la CSG. Depuis 2019, la part salariale a été remplacée par une fraction de la CSG, élargissant ainsi la base de financement sans arrêter l’augmentation de la dette.
Le gouvernement envisage plusieurs réformes pour générer des économies, telles que la réduction de la durée d’indemnisation suite à une rupture conventionnelle et la récupération de fonds grâce à des règles européennes pour les travailleurs frontaliers. Ces revenus étaient destinés à réduire la dette de l’Unédic, mais l’État semble avoir l’intention de les capter, limitant ainsi les possibilités d’action futures de l’organisme.
Un prélèvement qui s’inscrit dans une série de ponctions budgétaires
Le prélèvement de 2,1 milliards d’euros prévu pour 2027 s’inscrit dans une stratégie plus large visant à faire contribuer l’assurance-chômage à la réduction du déficit public. Entre 2023 et 2026, l’État aura donc retiré 12 milliards d’euros des recettes de l’Unédic. Sans ces ponctions, le régime aurait pu générer des excédents importants chaque année.
Les partenaires sociaux dénoncent l’usage de l’assurance-chômage comme un levier budgétaire, affirmant que cette approche maintient un niveau élevé de dette, entravant son désendettement. Ils soutiennent que les ressources de l’assurance-chômage devraient être utilisées pour garantir la sécurité du régime face aux incertitudes économiques, plutôt que d’être utilisées pour financer sa propre dette.
