
Lors d’une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, Donald Trump a annoncé le 8 juillet l’ordre de cesser tout commerce avec l’Espagne, un allié de l’OTAN. « Je ne veux rien avoir à voir avec l’Espagne. Veuillez couper tout commerce avec l’Espagne, y compris les visites, d’accord ? », a déclaré le président américain durant le sommet d’Ankara. Le trésorier Scott Bessent, à qui s’adressait cette directive, a acquiescé avec un simple : « Oui, monsieur. », rapporte TopTribune.
Ce n’est pas la première fois que Trump prend une telle décision. En mars, il avait déjà donné un ordre similaire en réponse au refus de Madrid d’autoriser des bases militaires américaines en Andalousie. Cependant, à cette occasion, le commerce entre les deux nations avait continué sans interruption, sans que cette injonction ne soit réellement appliquée.
Cette fois-ci, un responsable du gouvernement américain a signalé à Reuters que le département du Trésor collaborera avec le département du Commerce et le Bureau du représentant américain au commerce afin de préparer pour Trump « une liste de produits espagnols potentiellement soumis à embargo dans les jours à venir ».
Une colère alimentée par les dépenses militaires
Les plaintes de Trump à l’égard de l’Espagne sont nombreuses. Il reproche notamment à Madrid de ne pas s’engager à atteindre le nouvel objectif de dépenses militaires de l’OTAN, fixé à 5 % du PIB, alors que la norme précédente était de 2 %. Il critique également le refus du Premier ministre Pedro Sánchez d’autoriser les États-Unis à utiliser l’espace aérien ou les bases espagnoles lors d’opérations contre l’Iran. « L’Espagne refuse tout, et vous ne devriez pas les soutenir », a-t-il confié à Rutte.
Sánchez, qui est à la tête d’un gouvernement de gauche minoritaire, a effectivement rejeté ces demandes américaines. Cependant, les chiffres sont en sa faveur : l’Espagne a consacré 1,28 % de son PIB à la défense, l’un des montants les plus faibles de l’Union européenne, mais a récemment porté ce taux à 2 %, atteignant ainsi l’objectif historique de l’OTAN. Rutte a tenu à souligner cette avancée, affirmant que l’Espagne « a fait des progrès considérables l’année dernière », bien qu’il reste des sujets à aborder.
Madrid adopte une attitude calme
Du côté espagnol, la réponse est délibérément apaisante. Pedro Sánchez, lors d’une conférence de presse, a décrit sa discussion avec Trump comme « très cordiale » à l’issue du sommet. Les deux dirigeants auraient échangé sur la Coupe du monde de football (organisée aux États-Unis) ainsi que sur le golf, mais pas sur les dépenses militaires.
« Les faits sont clairs », a-t-il affirmé, précisant que l’Espagne figurait parmi les pays de l’OTAN où les dépenses militaires avaient le plus rapidement augmenté ces deux dernières années. Il a aussi annoncé un nouveau déploiement de troupes espagnoles en Finlande dans le cadre de la mission Arctic Sentry de l’OTAN, mettant en avant la forte croissance économique du pays comme preuve de sa capacité à respecter ses engagements en matière de défense. Sánchez a ajouté que l’Espagne entretient avec les États-Unis « des liens très, très forts qui ont perduré indépendamment des orientations politiques des gouvernements successifs ».
Une source au sein du gouvernement espagnol, relayée par l’AFP, a pris une position similaire : Madrid accueille les déclarations de Trump « avec sérénité », rappelant que l’Espagne fait partie d’un bloc commercial et qu’il n’est « pas envisageable de [la] traiter isolément » des autres États membres de l’UE.
Pour sa part, la Commission européenne a haussé le ton. « Nous attendons des États-Unis qu’ils respectent leurs engagements » pris dans le cadre de l’accord commercial conclu avec l’UE, a déclaré un porte-parole lors d’une conférence de presse, ajoutant que la Commission se battra « toujours » pour protéger les intérêts de l’Union et de l’ensemble de ses États membres.
Un embargo difficile à appliquer
Les règlements de l’UE compliquent sérieusement l’application des menaces de Trump : les négociations commerciales relèvent de l’ensemble du bloc, et non de chaque État membre individuellement. Des avocats spécialisés estiment que Trump pourrait invoquer l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour imposer un embargo sur les importations en provenance d’Espagne. Jennifer Hillman, experte en droit économique et ancienne membre de l’Organe d’appel de l’OMC, avait déclaré en mars qu’une telle initiative, bien que « possible, resterait complexe » : Trump devrait déclarer une urgence nationale et prouver que l’Espagne constitue une menace pour la sécurité nationale ou les intérêts étrangers des États-Unis.
Les produits en jeu ne sont pas négligeables : l’Espagne fournit aux États-Unis de l’huile d’olive, des pièces automobiles, de l’acier, des produits chimiques et du vin. Les ventes de vin espagnol aux États-Unis avaient déjà enregistré une baisse de 4,3 % en valeur en 2025, selon des informations du secteur viticole OIVE, avant même cette menace récente.
Malgré ce contexte hostile, le gestionnaire d’actifs BlackRock a classé l’Espagne comme le « pays idéal pour l’exposition aux actions » dans son rapport semestriel, faisant référence à une croissance économique surpassant celle de la plupart des pays développés.