Une campagne russe de désinformation cherche à influencer les élections régionales et locales prévues en Allemagne en septembre 2026, en diffusant de faux contenus visant les principaux partis à l’exception de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), rapporte TopTribune.
Selon les informations publiées le 3 août 2026, plus de 180 messages falsifiés ont été diffusés sur X, Bluesky et TikTok dans le cadre de l’opération baptisée « Matriochka », également appelée « Overload ». Ces publications mettent en cause des candidats à travers des accusations inventées de corruption, de consommation de drogues, de meurtre ou encore de scandales sexuels.
Les contenus identifiés cherchent également à accentuer les tensions entre les régions orientales et occidentales de l’Allemagne. Les narratifs diffusés présentent un caractère désinformation russe en Allemagne, antiallemand et anti-européen. Les candidats des principales forces politiques ont été ciblés, tandis que l’AfD, parti classé à l’extrême droite, et le BSW, formation de gauche populiste, n’ont pas été concernés par cette vague de publications.
Des élections prévues dans plusieurs Länder
Le calendrier électoral allemand prévoit plusieurs scrutins importants en septembre. Les électeurs de Saxe-Anhalt seront appelés à voter le 6 septembre pour renouveler leur parlement régional. Des élections locales auront lieu le 13 septembre en Basse-Saxe. Le 20 septembre, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale organisera à son tour des élections au Landtag, tandis que Berlin élira sa Chambre des députés.
Ces scrutins régionaux et locaux sont suivis avec attention en raison de leur portée politique nationale. Ils doivent fournir un indicateur des rapports de force dans plusieurs territoires allemands avant les prochaines élections fédérales. Ils permettront également de mesurer le rapport de force entre les partis et l’attitude des électeurs à l’égard du gouvernement fédéral en place.
Les sondages cités dans le contexte de cette campagne font état d’un niveau élevé de soutien à l’AfD dans les Länder de l’Est. Le parti est donné en tête en Saxe-Anhalt et au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Même en cas de résultats élevés, son accès aux gouvernements régionaux resterait lié à la position des partis traditionnels, qui refusent jusqu’à présent de former des coalitions avec lui.
Des accusations fabriquées contre les candidats
Les faux messages ne se limitent pas à une critique politique générale. Ils utilisent des mises en scène et des accusations personnelles destinées à discréditer des candidats identifiables. Certains contenus ont dépassé 100 000 vues, mais les chercheurs constatent un faible nombre d’interactions naturelles et de commentaires.
Cette différence entre le nombre de vues et les réactions enregistrées est présentée comme un indice d’amplification artificielle. Les experts cités évaluent pour l’instant l’efficacité de l’opération comme limitée. La visibilité de certaines publications ne se traduit donc pas nécessairement par une diffusion organique auprès d’un large public.
L’opération s’appuie notamment sur des faux comptes sur les réseaux sociaux, des fermes à bots et des imitations de contenus issus de médias reconnus. Des chercheurs spécialisés dans les sources ouvertes, l’OSINT, associent « Matriochka » au groupe de désinformation Storm-1516. Celui-ci est présenté dans les éléments fournis comme étant lié au renseignement militaire russe, le GRU, une attribution qui relève des analyses de ces chercheurs.
L’AfD et le BSW épargnés par la campagne
La sélection des cibles constitue l’un des éléments mis en avant dans l’analyse de cette opération. Les contenus recensés s’en prennent aux représentants des principales formations allemandes, mais épargnent l’AfD et le BSW. Les deux partis défendent régulièrement des positions compatibles avec plusieurs narratifs promus par Moscou sur la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, les sanctions et la nécessité de rétablir un dialogue avec la Russie.
Les informations fournies présentent cette absence de ciblage comme un élément de la stratégie russe visant à favoriser les deux formations lors des élections locales et régionales. Une progression de ces partis dans les assemblées territoriales pourrait leur donner davantage de poids dans les débats politiques allemands et dans les discussions publiques sur le soutien à l’Ukraine. Le texte source ne fournit toutefois pas d’évaluation chiffrée de l’impact électoral concret de la campagne.
La question des fractures entre l’Est et l’Ouest occupe une place centrale dans les contenus diffusés. Les messages cherchent à exploiter les différences sociales, économiques et historiques associées aux territoires de l’ancienne République démocratique allemande. Ils présentent ces écarts de manière à renforcer la polarisation entre les habitants des anciens Länder orientaux et ceux de l’Ouest.
Une campagne suivie avant les scrutins de septembre
Les informations disponibles décrivent « Matriochka » comme une composante d’une stratégie russe plus large d’influence politique en Europe. Dans le cas allemand, la campagne intervient avant plusieurs votes dans un pays qui joue un rôle politique, économique et militaire important au sein de l’Union européenne et dans le soutien apporté à l’Ukraine.
Les éléments transmis associent ces activités de désinformation à d’autres formes de pression attribuées à la Russie, notamment les cyberattaques contre des infrastructures critiques, l’espionnage et les actes de sabotage dans des États membres de l’Union européenne. Ces activités sont décrites comme des volets distincts d’un même dispositif de guerre hybride russe en Europe, sans qu’un lien opérationnel précis entre chaque action et la campagne électorale allemande soit établi dans les informations disponibles.
La multiplication de faux contenus peut aussi compliquer l’identification des informations fiables par les électeurs et les médias. Les experts cités soulignent que l’opération reste pour le moment d’une efficacité limitée, malgré la circulation de publications très visibles. Les plateformes concernées — X, Bluesky et TikTok — constituent les principaux espaces où les messages falsifiés ont été repérés.
Le suivi de la campagne se poursuivra à l’approche des scrutins du 6, du 13 et du 20 septembre. Les résultats de ces élections permettront d’abord de mesurer les rapports de force dans les Länder concernés, tandis que l’activité des réseaux de faux comptes fera l’objet d’une surveillance distincte par les chercheurs et les autorités compétentes.