Les catastrophes naturelles ont engendré des pertes économiques s’élevant à 100 milliards de dollars durant le premier semestre 2026, comme le révèle les dernières données du réassureur Swiss Re. Ce chiffre représente une baisse de plus d’un tiers par rapport aux 152 milliards de dollars de l’année précédente pendant la même période, se révélant par ailleurs 10 % inférieur à la moyenne des dix dernières années. Néanmoins, sous la surface de ces statistiques apparemment positives, une réalité alarmante se profile : seules 42 milliards de dollars, soit 42 % des pertes, seront effectivement indemnisées par les compagnies d’assurances. Plus de la moitié des dommages financiers sera donc supportée par les victimes elles-mêmes – des particuliers aux États, mettant en lumière les disparités dans la couverture des risques liés aux aléas climatiques croissants, rapporte TopTribune.
Une couverture qui dissimule une fracture mondiale
Les dommages occasionnés par les sinistres ont atteint leur point le plus bas depuis 2020, selon les observations faites par des experts en réassurance tels qu’Artemis. Ce résultat apparaît moins lié à un déclin réel des dangers naturels qu’à une distribution géographique des sinistres. Les tempêtes convectives, qui représentent à elles seules 28 milliards de dollars de dédommagements, ont effectivement frappé les États-Unis avec un degré d’intensité supérieur à la normale. Cependant, la région du Texas et d’autres zones comme les Grandes Plaines du Sud ont été relativement épargnées par de grands événements, où les activités assurées sont habituellement les plus concentrées.
Le séisme vénézuélien, un exemple frappant de la fracture de la couverture
Le cas du Venezuela met en lumière de manière frappante cette inégalité en matière de protection. La récente série de tremblements de terre dans le pays a occasionné environ 20 milliards de dollars de dommages économiques, correspondant à un cinquième des pertes mondiales pour cette période. Pourtant, Swiss Re indique qu’une infime partie de ces pertes sera couverte par les assureurs, à cause du faible taux de pénétration de l’assurance dans cette nation. Le réassureur précise également qu’il n’existe pas encore d’évaluation fiable des montants qui seront effectivement pris en charge.
À première vue, un taux de couverture de 42 % pour le premier semestre 2026 semble prometteur comparé à la moyenne de 33 % sur les trois dernières décennies, mais cet écart ne révèle aucune amélioration structurelle. Il traduit seulement une concentration géographique des sinistres dans des marchés bien assurés, où les individus et les entreprises bénéficient de systèmes de protection avancés. À l’opposé, dans les pays sous-développés, l’absence de protection transforme chaque catastrophe naturelle en un choc économique et social durable.
Les incendies de forêt, un danger en pleine expansion
Malgré un premier semestre 2026 relativement calme selon les statistiques globales, Swiss Re tire la sonnette d’alarme concernant un risque en forte augmentation : celui des feux de forêt. Balz Grollimund, le responsable de la couverture des catastrophes naturelles au sein de Swiss Re, souligne que « un semestre moins onéreux ne signifie pas que le risque est évité. Un ouragan ou un grand incendie de forêt peut changer la donne rapidement. »
En Europe, cette tendance inquiétante est clairement visible. Le continent a connu une hausse de 64 % des jours chauds supplémentaires, définis comme des jours où les températures dépassent les 30 °C, en comparaison avec les années 1950. En juin 2026, des températures record combinées à une sécheresse persistante ont créé des conditions idéales pour des incendies dans l’ouest et le sud de l’Europe. La France et l’Espagne ont ainsi subi des feux dévastateurs en juillet, détruisant des milliers de logements et d’infrastructures.
Les études menées par Swiss Re Institute révèlent que les pertes assurées dues aux incendies de forêt en Europe ont grimpé de 8 à 11 % par an en termes réels depuis 1970, faisant de ce péril le risque climatique à la croissance la plus rapide au monde. Balz Grollimund note que les récents incendies de forêt en Europe démontrent que des conditions plus chaudes et plus sèches augmentent les probabilités de grands incendies.
Un second semestre concentré sur 58 % des sinistres annuels
Swiss Re aborde les six mois à venir avec prudence, s’appuyant sur des données historiques solides. En moyenne, 58 % des coûts annuels pour les catastrophes naturelles se concentrent durant le second semestre, notamment en raison des ouragans dans l’Atlantique Nord. Il suffit d’un seul événement de grande ampleur pour renverser le bilan de l’année.
Les conditions El Niño, observées depuis juin et qui devraient atteindre leur pic plus tard dans l’année avec une probabilité de maintien de 97 % jusqu’au début de 2027, influencent la répartition des risques sans pour autant les annuler. Contrairement aux idées reçues, El Niño n’élimine pas le risque d’ouragans touchant les côtes américaines : 22 % des ouragans ayant atteint les États-Unis depuis 1950 ont eu lieu durant des années El Niño. Ce phénomène peut également intensifier l’activité cyclonique dans le Pacifique central et oriental, tout en modifiant les risques de inondations, d’incendies, et d’autres extrêmes climatiques à travers le monde.