Alors que la question de la pollution plastique devient de plus en plus urgente, le débat sur la responsabilité du consommateur prend une nouvelle tournure. Jean-François Ghiglione, directeur de recherche au CNRS, appelle à une régulation des emballages plastiques par le gouvernement, soulignant que la responsabilité ne peut pas peser uniquement sur les consommateurs. En effet, dans les magasins actuels, il est presque impossible d’éviter le plastique, ce qui remet en question les efforts de tri, rapporte TopTribune.
Alors qu’un projet de loi propose une « consigne » pour réemploi, qui est critiquée par plusieurs organisations environnementales, les performances de recyclage en France sont mises en lumière. En effet, le recyclage est perçu comme une solution clé pour lutter contre la contamination par les plastiques, mais des défis subsistent.
Quelle est la part des déchets plastiques recyclés en France ?
Un rapport de Plastics Europe publié en 2024 révèle qu’environ 51,5 % des déchets plastiques en France sont incinérés pour valorisation énergétique. Parallèlement, 28 % sont mis en décharge et seulement 20,5 % sont effectivement recyclés. Bien que la mise en décharge ait diminué ces dernières années et que les taux de valorisation énergétique et de recyclage aient progressé, la composition des nouveaux produits plastiques laisse à désirer, contenant en moyenne seulement 10 à 15 % de matière recyclée. En conclusion, cependant, seul un déchet plastique sur quatre est recyclé en France et un sur dix à l’échelle mondiale.
Et la proportion d’emballages plastiques ?
Romain Lebègue, responsable collecte tri et recyclage chez Citéo, estime que 30 % des emballages en plastique utilisés au quotidien en France sont recyclés en nouvelles matières. Ce chiffre est en dessous de la moyenne européenne, qui est de 40 % et place la France parmi les pays les moins performants de l’Europe occidentale. En effet, des pays comme la Slovaquie, l’Allemagne, la Belgique et la Slovénie recyclent entre 50 et 60 % de leurs plastiques, selon Eurostat.
Il est important de noter que les 70 % restants ne se traduisent pas tous par l’incinération. Une partie est refusée dans les centres de tri ou mal triée et finit dans les ordures ménagères. Des données issues de Citeo et d’ADEME indiquent que 60 % des emballages plastiques ménagers sont incinérés avec récupération d’énergie.
« En moyenne, un Français consomme 17 kg d’emballages plastiques ménagers par an, dont environ 9 ou 10 peuvent être triés. Finalement, on recycle entre 6 et 8 kg, » précise Romain Lebègue.
Pourquoi le recyclage est-il forcément limité ?
Le processus de recyclage du plastique implique de broyer, laver et transformer les emballages plastiques en petits granules, qui peuvent être décontaminés et réutilisés. Actuellement, environ 75 % des emballages en plastique peuvent être recyclés, un chiffre qui a considérablement augmenté en dix ans.
Cependant, certains types d’emballages, qui contiennent plusieurs résines ou des multicouches, compliquent le processus de traitement. Les barquettes en plastique colorées, par exemple, ne peuvent pas être retransformées efficacement. Les fabricants de résines vierges, qui sont souvent moins coûteuses, freinent également l’incorporation de matières recyclées.
Qu’est-ce qui fonctionne ?
Depuis 2019, l’interdiction des pailles, des vaisselles à usage unique et des sacs plastiques a montré des résultats positifs, selon Jean-François Ghiglione. Cela a contribué à une réduction visible de ces produits dans l’environnement. Citéo fait également valoir que la consommation d’emballages plastiques par habitant est restée stable en France, autour de 17 kg ces dix dernières années.
Malgré l’augmentation du recyclage, il reste insuffisant face à la surproduction de plastique et à la pollution qui en découle. Selon les prévisions de l’OCDE, la production mondiale de plastique pourrait presque tripler d’ici 2060, même avec une augmentation significative des efforts de recyclage.
Dans le contexte actuel où la dépendance au plastique ne cesse de croître, il devient impératif de réévaluer les stratégies de gestion des déchets et d’envisager de véritables changements structurels pour traiter la crise de la pollution plastique.