OpenAI a identifié une opération d’influence liée à la propagande du Kremlin, menée depuis la Russie avec des comptes ChatGPT et destinée à alimenter des contenus multilingues sur plusieurs réseaux sociaux ainsi qu’à promouvoir un faux centre de recherche présenté comme israélien, rapporte TopTribune.
Les faits ont été rapportés le 25 août 2026. Selon les éléments publiés, un petit groupe d’opérateurs installés en Russie a utilisé des VPN pour dissimuler son origine et exploiter des comptes ChatGPT. Les messages produits ont ensuite été repérés dans différentes chaînes Telegram en anglais, en allemand et en français.
Le contenu diffusé décrivait l’Occident comme décadent et présentait la Russie comme une alternative grandiose. Les mêmes comptes servaient à générer des textes et des supports visuels destinés à donner de la visibilité à l’International Burke Institute, ou IBI, une structure qui se présente comme un think tank israélien.
Un institut présenté comme indépendant
Le site de l’IBI affiche une liste de partenaires et d’experts dans laquelle figurent notamment l’ONU, l’UNICEF, l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo et l’universitaire Francis Fukuyama. Les documents et les références publiés sur le site ont toutefois été copiés à partir d’autres sources, tandis que les personnes et organisations citées n’auraient pas de lien avec l’institut.
L’UNICEF a confirmé ne pas collaborer avec l’International Burke Institute. Plusieurs personnes associées à l’IBI résident en Israël, mais sont d’origine russe. Elles avaient auparavant participé aux activités de l’association Dor Moria, qui soutient les Israéliens russophones.
Le recours à une identité israélienne répond, dans cette opération, à la volonté de présenter les messages comme des analyses produites par une structure étrangère et indépendante. Les contenus préparés avec ChatGPT auraient été conçus pour circuler sur Telegram, mais aussi sur X, Facebook, LinkedIn et Substack.
ChatGPT au service d’une diffusion multilingue
Le cas décrit par OpenAI montre l’utilisation d’un outil d’intelligence artificielle générative dans une campagne de communication coordonnée. Les opérateurs ont produit rapidement des textes et des images dans plusieurs langues, en tentant également de réduire les marqueurs linguistiques susceptibles de révéler leur origine.
Cette production multilingue permettait d’adapter les publications à des publics de différents pays européens. L’opération ne reposait donc pas seulement sur la diffusion directe de messages favorables à Moscou. Elle cherchait aussi à installer une source présentée comme experte, capable de publier des analyses, des classements et des études sous une apparence institutionnelle.
Dans une enquête consacrée à cette opération, Le Monde a également décrit l’utilisation de faux canaux Telegram, de vidéos fabriquées et de cette structure israélienne fictive. Un message relayant l’affaire a par ailleurs circulé sur Telegram.
Un modèle déjà envisagé dans des documents russes
La création de faux instituts à des fins de propagande n’est pas nouvelle. Des documents de l’Agence de conception sociale, l’un des principaux prestataires privés du Kremlin dans les opérations de désinformation, ont été volés puis publiés en ligne en 2025. Ils décrivaient un projet visant à créer une ONG, un institut ou un centre de recherche en Israël.
De telles structures peuvent servir à présenter des récits de propagande comme des travaux issus d’une organisation occidentale autonome. Les recherches fabriquées, les experts fictifs et les références attribuées à tort compliquent l’identification de l’origine des contenus lorsqu’ils sont repris par des médias, des chercheurs ou des responsables politiques.
Dans le cas de l’IBI, OpenAI a indiqué que la portée directe de l’opération était relativement limitée. Le dispositif associait néanmoins un faux institut, plusieurs réseaux sociaux, des contenus en plusieurs langues et des outils d’intelligence artificielle. Ces éléments peuvent être réutilisés pour produire des campagnes adaptées à différents publics européens.
La détection des infrastructures d’influence
Le démantèlement ou l’identification d’une opération ne signifie pas nécessairement que l’ensemble des contenus ou des méthodes disparaît. Les comptes peuvent être fermés, les publications retirées et les noms modifiés, tandis que les procédés employés restent disponibles pour d’autres campagnes.
Les autorités européennes et les entreprises technologiques sont donc confrontées à la nécessité de repérer non seulement les messages de propagande explicites, mais aussi les infrastructures qui les rendent crédibles. Les faux centres de recherche, les réseaux de pseudo-experts, les attributions inexactes et l’usage coordonné de l’IA figurent parmi les éléments signalés dans cette affaire.
La réponse évoquée repose sur une coopération entre gouvernements, plateformes numériques, centres de recherche et médias. L’affaire de l’International Burke Institute ajoute ainsi un cas documenté d’utilisation de ChatGPT dans une opération d’influence russe visant plusieurs espaces linguistiques européens.