
Un simple clic a suffi à des cybercriminels pour infiltrer les systèmes de 500 offices notariaux en France. Entre décembre 2022 et 2024, cette attaque méthodique a abouti au détournement de 35 à 40 millions d’euros, d’après l’ANSSI. Selon une enquête du Monde publiée le 3 septembre 2026, cet incident illustre comment une cyberattaque sophistiquée peut tirer parti de la psychologie humaine avant même d’exploiter des failles technologiques, rapporte TopTribune.
Les trois étapes d’une cyberattaque réussie : le cas des notaires
L’intrusion a commencé par l’envoi d’emails apparemment anodins à partir de décembre 2022. Les cybercriminels ont ciblé des notaires avec des messages contenant des pièces jointes malicieuses, imitant des échanges professionnels classiques. Une fois ouvertes, ces pièces infectées installaient des malwares, permettant aux attaquants de surveiller les communications et de contrôler les systèmes de messagerie sans éveiller les soupçons.
Adoptant une tactique discrète et progressive, les hackers ont su éviter la détection, ce qui a été crucial pour l’issue favorable de leur opération.
Le 20 mars 2024, l’utilisation d’un système compromis d’un notaire basé en Bretagne a permis aux cybercriminels d’envoyer un document piégé à plus de 10 000 notaires. Environ 80 % des destinataires ont ouvert le fichier, persuadés par l’expéditeur légitime et le cadre professionnel du message. Ce qui avait débuté comme une intrusion ciblée s’est mué en une épidémie numérique touchant près de 7% du secteur notarial en France.
Une fois intégrés au réseau, les pirates ont utilisé deux principales méthodes. D’abord, ils ont modifié les coordonnées bancaires dans des emails de transaction, orientant ainsi les virements vers leurs propres comptes. Ensuite, ils ont usurpé l’identité de notaires pour solliciter des virements urgents auprès d’autres professionnels, proférant des fraudes importantes en exploitant la confiance mutuelle.
Pourquoi 80% des notaires ont cliqué sur le piège ?
L’ingénierie sociale : l’exploitation de la confiance professionnelle
Les cybercriminels ont su manipuler la confiance existante entre notaires. Les documents semblaient émaner de confrères, bénéficiant ainsi d’une présomption de légitimité. De plus, le volume massif d’échanges quotidiens compliquait la tâche d’identifier un email suspect. Les messages piégés employaient des prétextes professionnels convaincants, incitant ainsi les notaires à les ouvrir sans méfiance.
Les vulnérabilités humaines face aux cybermenaces
Même des notaires confirmés ont succombé aux pièges tendus par la fatigue et une surcharge de travail, affaiblissant leur vigilance. Les cybercriminels ont affiné leurs leurres pour imiter des communications authentiques, rendant leur détection presque impossible sans outils adéquats.
Détournement de RIB et fraude au président : comment ça marche ?
Imaginez que vous acquérez un bien immobilier pour 300 000 euros. Vous recevez un email de votre notaire contenant un RIB pour la transaction. Les pirates interceptent et modifient ce RIB. Les fonds sont ainsi envoyés vers un compte contrôlé par les fraudeurs, souvent à l’étranger, où ils sont ensuite blanchis.
La fraude au président opère par manipulation de l’autorité professionnelle. Un courriel semble provenir d’un notaire senior de confiance, demandant un virement urgent pour une affaire confidentielle. La respectabilité de l’autorité et la pression temporelle poussent souvent les victimes à agir impulsivement.
Pourquoi 50% des offices n’étaient pas préparés
D’après l’ANSSI, 50% des offices notariaux n’avaient jamais réalisé d’audit de sécurité, ignorant ainsi leurs faiblesses. En l’absence d’une évaluation, ces institutions ne pouvaient remédier aux problèmes, laissant un terrain fertile pour les cybercriminels.
Des mesures simples auraient pu atténuer les conséquences : l’implémentation de la double authentification, la sensibilisation au phishing, la vérification des RIB par téléphone, la réalisation de sauvegardes régulières et l’utilisation de logiciels antivirus performants. Depuis juillet 2025, de nouvelles mesures de sécurité ont été instaurées, mais la vigilance reste cruciale face à l’évolution permanente des cyberattaques.