Mardi soir, un rebondissement de taille a eu lieu à Bordeaux. Le candidat divers centre Philippe Dessertine, l’outsider de cette élection municipale qui avait recueilli 20,20 % au premier tour, n’a pas déposé de liste pour le second tour. Résultat : le maire sortant Pierre Hurmic affrontera le macroniste Thomas Cazenave, à la tête d’une liste d’union de la droite et du centre. Si ce dernier devient favori, le duel s’annonce très serré, rapporte TopTribune.
Comment expliquer ce désistement soudain ? Philippe Dessertine, à la tête d’une liste citoyenne, avait pourtant assuré à maintes reprises qu’il irait jusqu’au bout avant de jeter l’éponge mardi. « Déjà en décembre, l’élimination de Nathalie Delattre (secrétaire générale du parti radical) au profit de Thomas Cazenave s’était faite dans le bureau de Gérard Larcher avec Gabriel Attal et Edouard Philippe », rappelle Ludovic Renard, politologue à Sciences Po Bordeaux.
Son avenir d’économiste dans la balance ?
Prompt à dénoncer les arrangements de l’ancien monde, Philippe Dessertine semble donc en avoir fait les frais. « Je ne crois pas trop au fait qu’on lui a promis quelque chose, estime le politologue. En revanche, il est possible qu’on lui ait fait sentir que ce serait dur pour lui dans l’espace public. Or, c’est un économiste médiatique invité dans des sérails pour son expertise ». S’il connaissait le contexte dès les premiers moments de son engagement, Ludovic Renard souligne que Philippe Dessertine est « un universitaire un peu idéaliste » qui ne mesurait peut-être pas bien jusqu’où ce genre « d’énormes pressions nationales peuvent aller. »
Rappelons également que Renaissance a envoyé peu de candidats au front pour ces municipales, en particulier dans les grandes villes, et mise beaucoup sur le soldat Cazenave. Dans son discours de renoncement, Dessertine n’a pas donné de consigne de vote, laissant ses électeurs libres.
Quels reports de voix ?
A quoi s’attendre pour dimanche soir ? « Ce sera compliqué et serré jusqu’au bout car il y a beaucoup d’inconnues », résume Ludovic Renard. « Plus de 42 % de l’électorat du premier tour n’aura plus d’offre politique correspondant à son vote de dimanche dernier », note Jean Petaux, politologue et chercheur associé au think tank Spirales Institut. Une partie de l’électorat de Dessertine pourrait se « venger » de Cazenave et, lorsque ces électeurs ne s’abstiendront pas, se reporter sur Hurmic.
Ce qui est certain, c’est que l’espoir est revenu dans le camp de Cazenave, qui va tenter de rallier tous ceux qui veulent se débarrasser de Hurmic. Mais le maire sortant écologiste va également bénéficier de réserves de voix à gauche, notamment celles qui se sont portées sur la candidature de Nordine Raymond (LFI) au premier tour.
Enfin, la question se pose d’un « plafond de verre » atteint par Cazenave, qui a reconduit son score (25 %) de 2020. Pourra-t-il aller au-delà ?
La dramatisation d’un potentiel retour à droite après la victoire de la gauche en 2020 (après soixante-treize ans à droite) sera-t-elle suffisamment forte pour mobiliser les abstentionnistes ? « Les jeux sont loin d’être faits », résume Ludovic Renard.