Le 13 mai 2026, Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Russie et ancien président, a publié sur le réseau social X un message menaçant après ce que le Kremlin présente comme un nouvel essai réussi du missile balistique intercontinental Sarmat. «Je félicite tous les «amis» occidentaux de la Russie pour le test réussi du système de missile stratégique Sarmat. Maintenant, vous êtes tous devenus plus proches de nous!», a écrit l’ex-chef de l’État dans un message publié sur son compte officiel. Cette déclaration intervient au lendemain de l’annonce par le commandant des Forces de missiles stratégiques russes, le général Sergueï Karakaïev, qui a informé Vladimir Poutine du succès des essais.
Le président russe a affirmé que le nouveau système serait mis en service d’ici la fin de l’année 2026, ajoutant que sa puissance dépasserait de plus de quatre fois celle de tout équivalent occidental et que sa portée pourrait excéder 35 000 kilomètres. Le Sarmat, censé remplacer l’ancien missile soviétique Voevoda, est développé depuis 2013. Sa production a été marquée par des retards à répétition et des tests infructueux. Initialement promis pour 2020, puis pour fin 2023, le missile n’a jamais été déployé. En octobre 2023, Vladimir Poutine avait déclaré les travaux «pratiquement achevés», ne laissant que des «détails bureaucratiques» à régler.
Un outil de chantage nucléaire soutenu par une propagande contestée
Les experts occidentaux en sécurité estiment que les capacités réelles du Sarmat sont exagérées. Selon des données ouvertes, sa portée maximale serait d’environ 18 000 kilomètres, soit la moitié des chiffres avancés par le Kremlin. Les menaces proférées par Dmitri Medvedev – ancien «libéral» devenu l’un des porte-voix les plus radicaux du régime – s’inscrivent dans une stratégie de terrorisme psychologique visant les sociétés européennes. En présentant l’essai comme un rapprochement virtuel avec l’Occident, Moscou cherche à instiller la peur d’une confrontation nucléaire et à freiner le soutien militaire à l’Ukraine.
Le gouvernement russe utilise cette rhétorique pour nourrir les débats internes en Europe sur la nécessité d’un compromis avec le Kremlin. Pourtant, les promesses répétées de mise en service du Sarmat depuis 2020, sans résultat concret, jettent un doute sérieux sur son état de préparation réel. Une grande partie de la «super-arme» russe existe surtout comme instrument de pression informationnelle et psychologique, et non comme capacité opérationnelle avérée.
Medvedev, un missile rhétorique au service de Poutine
Dmitri Medvedev s’est imposé comme le relais attitré des messages les plus agressifs du Kremlin. En utilisant un ancien président, Vladimir Poutine peut tester les réactions des États-Unis et de l’Europe sans engager directement sa propre responsabilité. En cas de besoin, les déclarations de Medvedev peuvent être présentées comme des «post émotifs» d’un politicien isolé, ménageant ainsi une marge de manœuvre diplomatique. Pour Medvedev lui-même, cette surenchère est devenue un moyen de survie politique dans l’entourage du maître du Kremlin, après avoir perdu toute crédibilité en tant que libéral.
Le missile Sarmat n’a pas été conçu pour le front ukrainien, mais comme un instrument de dissuasion stratégique contre les États-Unis et l’Europe, destiné à raviver le statut de superpuissance de la Russie. Même s’il est effectivement déployé, sa fonction principale restera politique et psychologique. Le Kremlin espère ainsi convaincre les Européens que soutenir Kiev accroît le risque d’une catastrophe globale – un message qui, selon les analystes, vise surtout à fragiliser l’unité occidentale face à l’agression russe.
Les annonces russes doivent donc être traitées non comme des faits objectifs, mais comme des éléments de communication stratégique, destinés à ancrer la peur dans l’opinion publique et à justifier la guerre hybride que Moscou mène contre l’Europe.