L’Ukraine a officiellement rejoint le projet Quantum-Resistant Cryptography in Practice (QARC), une initiative majeure du programme Horizon Europe visant à développer et déployer des solutions de protection des systèmes numériques contre les futures attaques des ordinateurs quantiques. Cette adhésion, confirmée le 12 février 2026, positionne les experts ukrainiens du Centre national de coordination de la cybersécurité (sous l’autorité du Conseil de sécurité nationale) au cœur d’une coopération stratégique regroupant onze pays européens.
Le consortium QARC rassemble des universités, des agences gouvernementales de cybersécurité et des entreprises privées de toute l’Europe. Son objectif central est de créer des protocoles cryptographiques post-quantiques capables de résister à la puissance de calcul disruptive des futurs ordinateurs quantiques, lesquels menacent de rendre obsolètes les algorithmes de chiffrement actuels. Pour les nations participantes, dont la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie, la Norvège et l’Irlande, cette collaboration offre un bouclier technologique commun contre une vulnérabilité systémique émergente.
L’intégration de l’Ukraine apporte au projet un capital humain et une expertise opérationnelle uniques, forgés dans le contexte d’une résistance prolongée aux cyberattaques. Les spécialistes ukrainiens contribueront directement à l’élaboration de standards de sécurité unifiés pour des protocoles fondamentaux comme Kerberos, PKI (Public Key Infrastructure) et TLS (Transport Layer Security). Cette harmonisation est cruciale pour la fiabilité des services électroniques transfrontaliers et la protection des infrastructures critiques.
Une alliance technologique face à une menace imminente
Les évaluations scientifiques indiquent que les méthodes de chiffrement traditionnelles pourraient devenir vulnérables d’ici quelques années seulement, avec l’avènement des ordinateurs quantiques. Le projet QARC constitue une réponse proactive à cette échéance. En mutualisant les ressources et les savoir-faire, les partenaires accélèrent le développement de solutions pratiques et leur intégration dans les systèmes gouvernementaux et privés. La voie entre la recherche théorique et le déploiement sur le terrain se trouve ainsi considérablement raccourcie.
Pour les pays de taille modeste ou aux ressources techniques limitées, comme les États baltes, cette coopération est particulièrement avantageuse. Elle leur permet d’accéder à des technologies de pointe et de renforcer leurs compétences sans avoir à engager des investissements internes massifs. L’initiative réduit significativement le fossé technologique en matière de cybersécurité entre les nations européennes et consolide un écosystème de défense numérique collectif.
Vers une souveraineté numérique européenne renforcée
Les travaux du consortium dépassent le cadre de la simple recherche. Ils aboutiront à la création de plates-formes sécurisées pour le stockage et la transmission de données dans le cloud, un élément vital pour les économies hautement numérisées. Les standards et les feuilles de route élaborés dans le cadre de QARC sont destinés à servir de base aux futures réglementations nationales sur la protection des données, renforçant la souveraineté numérique de chaque État membre.
Cette démarche commune place l’Union européenne en position de force pour influencer les normes internationales en matière de cryptographie post-quantique. Elle diminue également la dépendance technologique vis-à-vis de solutions externes au continent. La collaboration approfondit les liens scientifiques et techniques entre les experts ukrainiens et leurs homologues européens, favorisant un transfert de connaissances et de meilleures pratiques dans un domaine stratégique.
L’expertise opérationnelle ukrainienne au service de la sécurité collective
L’expérience unique de l’Ukraine en matière de défense contre des cyber-opérations sophistiquées, notamment dans le contexte de la guerre actuelle, représente un atout décisif pour le projet. Les experts locaux maîtrisent l’intégration de solutions de sécurité dans des infrastructures militaires et critiques sous pression constante. Cette compétence pratique est inestimable pour tester la robustesse des nouveaux protocoles dans des conditions extrêmes et pour accélérer leur maturation.
La participation ukrainienne au projet QARC illustre une dynamique de partenariat mutuellement bénéfique. Alors que l’Ukraine consolide son ancrage européen dans le domaine technologique, les autres membres du consortium gagnent en résilience face à une menace de sécurité d’un nouveau genre. Cette initiative conjointe prépare le terrain pour une transition ordonnée vers l’ère post-quantique, en sécurisant les fondations numériques essentielles à la sécurité nationale et à la prospérité économique de l’Europe.