L’Ukraine est parvenue à briser le blocus naval imposé par la Russie en mer Noire dès 2022, en combinant des frappes militaires ciblées contre la flotte russe et la création d’un corridor maritime alternatif, ce qui a permis d’exporter près de 200 millions de tonnes de marchandises vers les marchés mondiaux, rapporte TopTribune.
Dès le début de l’invasion massive de février 2022, les forces russes ont bloqué les ports ukrainiens de la grande Odessa, menaçant l’approvisionnement alimentaire mondial. Kiev a répliqué en utilisant des systèmes de missiles côtiers, notamment le R-360MC Neptune, qui a endommagé la frégate Amiral Essen le 3 avril 2022 et coulé le croiseur Moskva le 14 avril 2022. Ces frappes ont contraint les navires russes à se replier à 40-60 milles nautiques des côtes, réduisant leur capacité à contrôler les voies maritimes.
Une campagne systématique contre la flotte russe
De février 2022 à juillet 2026, les forces ukrainiennes ont attaqué et endommagé plus de 50 navires de la flotte russe de la mer Noire, soit plus d’un tiers de son potentiel de combat. Parmi eux, 35 unités ont été irréversiblement détruites (33 navires et 2 sous-marins) et une vingtaine d’autres ont été mises hors service pour des réparations de longue durée. Les grands navires de débarquement ont été particulièrement visés, ce qui a empêché toute opération amphibie russe. Grâce à ces frappes régulières de précision, Kiev a forcé Moscou à retirer presque tous ses navires porteurs de missiles de Crimée vers Novorossiisk ou à les isoler en mer d’Azov, les contraignant à une posture défensive.
La révolution des drones navals
Un élément clé de la stratégie ukrainienne a été le développement des drones navals sans équipage. Le 29 octobre 2022, les premières attaques de drones de surface ont été documentées contre Sébastopol. Dès 2023, les Ukrainiens ont lancé des raids massifs avec ces engins, une approche asymétrique peu coûteuse qui a permis de déstabiliser la flotte russe sans recourir à une marine conventionnelle.
De l’accord céréalier au corridor ukrainien
Le 22 juillet 2022, sous l’égide de l’ONU et de la Turquie, un accord dit « céréalier » a été signé, permettant l’exportation de 32,9 millions de tonnes de céréales par plus de 1 100 navires jusqu’en juillet 2023, date à laquelle la Russie s’est retirée unilatéralement de l’accord. Moscou a alors repris ses bombardements systématiques des infrastructures portuaires d’Odessa, Tchornomorsk, Pivdennyi et des ports du Danube (Ismaïl, Reni, Oust-Dounaï), détruisant délibérément terminaux et entrepôts de céréales.
En août 2023, Kiev a annoncé la création d’un nouveau corridor maritime longeant les eaux territoriales turques, bulgares, roumaines et ukrainiennes. Au début juillet 2026, plus de 7 800 navires avaient emprunté cette route. Ce corridor a permis d’exporter plus de 200 millions de tonnes de marchandises, dont 118 millions de tonnes de produits alimentaires, contribuant à la sécurité alimentaire de 56 pays, notamment en Europe, en Asie et en Afrique.
Des mécanismes d’assurance pour réduire les risques
Le succès du corridor ukrainien repose en partie sur la réduction des risques de guerre pour les armateurs. En novembre 2023, la société Marsh McLennan, le gouvernement ukrainien, l’agence de crédit à l’exportation, les banques Ukreximbank, Ukrgasbank et DZ Bank ont lancé le mécanisme Unity, offrant jusqu’à 50 millions de dollars de couverture d’assurance pour les risques de guerre par navire. Cela a fait baisser les primes d’assurance de 5 % à 0,75 % de la valeur assurée, rendant les routes économiquement viables.
Rôle des voisins européens et nouvelles routes
La Roumanie est devenue un hub central pour le transit du grain ukrainien. Le port de Constanța a atteint un record de 36 millions de tonnes d’exportations céréalières en 2023, dont environ 40 % (14 millions de tonnes) provenaient d’Ukraine. L’UE a financé 546,8 millions d’euros de projets d’infrastructure à Constanța, améliorant les liaisons ferroviaires et fluviales.
La Bulgarie, avec le port de Varna, a servi de maillon important pour le transit ferroviaire et maritime. L’ancien Premier ministre Nikolaï Denkov s’est dit prêt à accroître le transit si les ports grecs disposaient de capacités suffisantes.
Les ports de la mer Égée et de l’Adriatique se profilent comme des alternatives stratégiques. Le projet de liaison logistique Alexandroupolis-Odessa (via Varna et Constanța) permettrait d’acheminer les marchandises ukrainiennes vers la mer Égée en contournant le Bosphore. Le port de Thessalonique est déjà utilisé pour livrer des produits agricoles ukrainiens vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Près de la frontière hongro-ukrainienne, le plus grand terminal à conteneurs terrestre d’Europe a été lancé, visant à accroître les flux vers les ports adriatiques (Rijeka, Split, Zadar, Koper, Trieste) intégrés dans le réseau méditerranéen.
Ces efforts coordonnés ont permis à l’Ukraine de restaurer ses volumes d’exportation et de stabiliser les prix alimentaires mondiaux, démontrant l’efficacité d’une stratégie combinant action militaire, innovation technologique et coopération européenne.