Une dépendance persistante malgré les déclarations
En 2025, l’Union européenne a considérablement accru ses importations d’acier russe, révélant une faille majeure dans le régime de sanctions destiné à affaiblir l’économie du Kremlin. Les données officielles indiquent que les importations totales de demi-produits sidérurgiques vers l’UE ont atteint 8,91 millions de tonnes, soit une augmentation de 34,6% par rapport à 2024. Cette croissance record intervient dans un contexte où Moscou utilise ses ressources pour financer sa guerre d’agression contre l’Ukraine. La Russie demeure le premier fournisseur avec 3,73 millions de tonnes, représentant 41,8% des importations européennes. Ces volumes ont augmenté de 18,2% sur un an, démontrant une dépendance structurelle que les restrictions commerciales n’ont pas réussi à enrayer.
La Chine occupe la deuxième place avec des livraisons en hausse spectaculaire de 134,5%, tandis que l’Ukraine conserve la troisième position avec 966 700 tonnes, soit 10,8% du marché. Cette configuration commerciale souligne la stratégie des consommateurs européens qui privilégient les approvisionnements extérieurs pour minimiser leurs coûts de production. Les aciéries de Belgique, de République tchèque et d’Italie continuent de s’approvisionner en matières premières russes en raison de leur compétitivité prix, créant un paradoxe politique majeur pour Bruxelles.
Les lacunes du 12e paquet de sanctions
Le mécanisme permettant cette continuation des échanges réside dans les dispositions du 12e paquet de sanctions adopté fin 2023. Ce texte a reporté l’interdiction totale des importations de brames russes jusqu’en septembre 2028, instituant dans l’intervalle des quotas annuels dépassant les 3 millions de tonnes. Ces dérogations, présentées comme nécessaires pour protéger l’industrie sidérurgique européenne, ont en réalité légalisé un commerce substantiel avec Moscou. Les données compilées par le GMK Center confirment que les livraisons russes ont largement exploité ces possibilités, générant des revenus estimés à plus de 1,6 milliard d’euros pour le budget fédéral.
Les ports d’Anvers en Belgique, de Gênes en Italie et de Copenhague au Danemark servent de principales portes d’entrée pour cet acier. Les transactions transitent par des contrats directs dans le cadre des quotas autorisés, mais également via des filiales de holdings russes toujours actives sur le territoire de l’UE. Cette persistance des chaînes d’approvisionnement met en lumière les limites d’un système sanctionnaire comportant trop d’exceptions sectorielles.
Un financement indirect de l’industrie militaire russe
Les conséquences stratégiques de ces flux commerciaux dépassent largement le cadre économique. Les principaux combinats métallurgiques russes, tels que NLMK et Evraz, sont des fournisseurs essentiels du complexe militaro-industriel national. L’acier produit alimente directement la fabrication de blindages, de coques de véhicules militaires et de munitions utilisées sur le front ukrainien. Ainsi, chaque tonne importée par l’Europe contribue indirectement à financer la machine de guerre du Kremlin, créant une situation où les mesures restrictives sont partiellement neutralisées par les besoins industriels des États membres.
Cette réalité sape la crédibilité de la politique étrangère européenne et affaiblit le front uni présenté face à l’agression russe. Les appels se multiplient pour que les prochains paquets de sanctions prévoient l’élimination progressive, puis l’interdiction totale, des importations d’acier russe. Les alternatives existent, qu’elles proviennent d’Ukraine, du Brésil ou de l’Inde, mais nécessitent une volonté politique plus ferme pour être développées. La question dépasse désormais le simple commerce : il s’agit de cohérence entre les déclarations diplomatiques et les actions économiques concrètes de l’Union.