Le métal jaune perd 28% depuis son pic de janvier
Le 24 juin 2026, le prix de l’or est tombé sous les 4000 dollars l’once, atteignant 3978,67 dollars, un recul de 3,36%. Ce seuil n’avait pas été franchi depuis novembre dernier. Peu après, le cours a continué de baisser jusqu’à 3968,41 dollars, rapporte TopTribune. Cette chute met fin à trois années de hausse continue des prix.
Depuis son sommet historique de fin janvier 2026, à environ 5600 dollars l’once, l’or a perdu plus de 28% de sa valeur. Un tel renversement indique techniquement l’entrée dans une période de baisse durable, une évolution d’autant plus spectaculaire qu’elle survient après une période de forte demande, encouragée par les achats des banques centrales, des fonds d’investissement ainsi que des épargnants souhaitant se protéger contre les incertitudes liées à l’économie mondiale.
Dollar fort et taux élevés pèsent sur le métal précieux
L’effondrement du prix de l’or peut être attribué à plusieurs facteurs économiques. Le renforcement du dollar américain, atteignant son sommet depuis treize mois, rend l’or plus coûteux pour les investisseurs utilisant d’autres devises. Tai Wong, négociant indépendant, a déclaré que le marché anticipe une hausse des taux dès septembre en raison des politiques restrictives de la Réserve fédérale, ce qui, associé à un dollar en forte progression et à des prévisions d’inflation plus faibles, crée une pression sur les métaux précieux.
Le discours rigide de Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale, a déconcerté les investisseurs. Sa priorité d’endiguer l’inflation pourrait impliquer une hausse des taux. Quand les taux augmentent, certains investissements, comme les obligations d’État, deviennent plus attrayants, ce qui nuit à l’or, bien qu’il ne génère aucun intérêt.
Christopher Wong, stratégiste chez Oversea-Chinese Banking Corporation, souligne que « le prix de l’or devient de plus en plus lié aux rendements réels ». Cela indique que les investisseurs privilégient les actifs rémunérateurs par rapport au métal jaune, classique refuge sans rendement direct.
Les grandes banques abaissent leurs prévisions
En réponse à cette tendance, plusieurs grandes institutions financières ont ajusté leurs prévisions. Goldman Sachs a réduit son estimation de 500 dollars, prévoyant 4900 dollars l’once d’ici la fin de l’année. Deutsche Bank s’est montré encore plus prudent, abaissant son estimation pour le quatrième trimestre de 17%.
De son côté, ING a également révisé ses prévisions à 4300 dollars l’once en moyenne pour le troisième trimestre 2026, contre 4850 dollars précédemment, et à 4600 dollars pour le quatrième trimestre. Lukman Otunuga, analyste senior chez FXTM, a averti que des signaux additionnels d’un resserrement de la Fed pourraient renforcer les risques à la baisse pour l’or.
L’argent chute encore plus brutalement
La chute de l’or s’accompagne d’une baisse encore plus prononcée de l’argent. Son prix a chuté de 6% pour atteindre 58,28 dollars l’once, un niveau inédit depuis décembre 2025. Sur le marché indien MCX, l’argent est descendu en-dessous de 2,20 lakh roupies le kilogramme, effaçant tous les gains de mai. Depuis son pic historique de 4,57 lakh roupies, le métal blanc a perdu près de 52% de sa valeur.
Les autres métaux précieux sont également affectés par cette tendance générale. Le prix du platine a diminué de 4,3% pour atteindre 1580,76 dollars, tandis que le palladium a enregistré une baisse de 4,9%, s’établissant à 1177,50 dollars. Ces mouvements reflètent une réallocation de portefeuilles, les investisseurs se détachant des actifs non rémunérateurs pour se concentrer sur des placements plus rentables, en réponse à la hausse des taux.
Les banques centrales maintiennent leurs achats
Malgré ces turbulences, la demande des banques centrales reste robuste. Au premier trimestre 2026, ces institutions ont considérablement intensifié leurs achats d’or, atteignant un rythme record. Une enquête du World Gold Council indique que 45% des banques centrales interrogées prévoient d’accroître leurs réserves d’or dans l’année à venir, une proportion au plus haut depuis 2018.
Les analystes de Kotak Securities suggèrent que, bien que les métaux précieux soient sous pression en raison d’un dollar plus fort et des rendements réels en hausse, le soutien continu des banques centrales pourrait contribuer à éviter un effondrement total. Tai Wong note cependant qu’une consolidation prolongée est probable, l’or étant peu favorisé par le marché.
Géopolitique et données économiques en ligne de mire
De manière paradoxale, la récente signature d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, qui avait d’abord alimenté des tensions sur le marché pétrolier et accru l’attrait de l’or, n’a pas suffi à stopper la baisse des prix. Les prix du pétrole sont en retrait alors que les deux pays avancent vers un accord de paix permanent, diminuant ainsi les primes de risque qui soutenaient l’or auparavant.
Les investisseurs guettent les prochaines publications sur les dépenses de consommation personnelle aux États-Unis, un indicateur clé pour la Réserve fédérale. Les résultats attendus pour le 25 juin pourraient soit intensifier la pression sur l’or, soit offrir un léger répit.
Une consolidation prolongée en perspective
L’avenir du prix de l’or sera déterminé par la direction des politiques monétaires américaines, la trajectoire du dollar face aux autres devises, l’évolution des tensions géopolitiques et la continuité des achats des banques centrales. La volatilité reste élevée, illustrant l’incertitude pesant sur le marché.
Les analystes prévoient une phase de consolidation pouvant maintenir l’or entre 3900 et 4300 dollars l’once durant les mois de juin et juillet, avec une prévision optimiste concernant un support potentiel à 3900 dollars grâce à la demande des banques centrales et aux achats des investisseurs à long terme attirés par des prix attractifs.
La question demeure de savoir si nous faisons face à une simple correction technique après une période de hausse prolongée ou à un changement plus significatif. Cette réponse dépendra des capacités de la Réserve fédérale à gérer l’inflation sans plonger l’économie en récession et de l’évolution des dynamiques géopolitiques mondiales. Dans un contexte d’interconnexion croissante des marchés et de risques systémiques, l’or conserve encore son rôle potentiel de valeur refuge, même si sa fonction traditionnelle est actuellement assombrie par des rendements obligataires attrayants.