L'OMS préconise une augmentation significative des taxes sur les sodas et l'alcool.

L’OMS préconise une augmentation significative des taxes sur les sodas et l’alcool.

14.01.2026 11:16
3 min de lecture

Dans un communiqué diffusé le 13 janvier 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle à une augmentation « significative » des impôts sur les boissons sucrées et l’alcool. L’organisme affirme que la baisse des revenus fiscaux, due à des taux peu élevés, à un périmètre limité et à l’absence d’ajustements à l’inflation, maintien ces produits à des prix abordables, ce qui encourage leur consommation tout en augmentant les coûts sanitaires et sociaux associés, rapporte TopTribune.

Des taxes comme levier de prévention

L’OMS ne propose pas de mesure novatrice; elle réitère que le prix a un impact sur les comportements, notamment chez les jeunes, et que la fiscalité peut influencer à la fois la consommation et les recettes de l’État. Le directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, souligne l’efficacité de cette approche : « Les impôts sur les produits nocifs sont parmi les outils les plus efficaces à notre disposition ».

Ce raisonnement repose sur deux axes. Premièrement, des taxes insuffisantes rendent les produits jugés « nocifs » accessibles, contribuant à des problèmes tels que l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, certains cancers et, en ce qui concerne l’alcool, les traumatismes et les violences. Deuxièmement, la société supporte des coûts importants à long terme, tandis que « l’État ne perçoit qu’une fraction relativement faible » des impôts spécifiques à la santé, selon le document de l’OMS.

Produits sucrés : des dispositifs nombreux mais peu efficaces

Au sujet des boissons sucrées, l’OMS met en lumière une contradiction : de plus en plus de pays imposent des taxes, mais leur impact est limité si les taux restent faibles et si le champ d’application est restreint. Actuellement, au moins 116 pays ont mis en place des taxes sur ces boissons, mais de nombreux produits riches en sucre continuent d’échapper à cette taxation (jus de fruit, boissons lactées sucrées, thés et cafés prêtes à boire).

De plus, l’OMS avance un indicateur révélateur pour les consommateurs : la taxe médiane n’atteint qu’environ 2% du prix d’un soda standard. Cela signifie que, dans le pays considéré comme « médian », l’impôt impacte peu le prix final : le signal économique est faible, affectant de manière limitée les volumes achetés.

Le défi est clair : plus l’écart de prix est significatif, plus les décisions d’achat (quantité, fréquence, choix de produits alternatifs) sont susceptibles d’évoluer. Cela nécessite néanmoins une structuration fiscale suffisamment marquée pour être perçue.

Alcool : entre inflation et spécificités du vin en Europe

L’OMS aborde également une dynamique moins bien comprise concernant l’alcool : une taxe peut perdre de son efficacité si elle n’est pas ajustée en fonction de l’inflation et de l’augmentation des salaires. L’organisation explique qu’à partir de 2022, l’alcool est devenu plus accessible ou a maintenu son prix « dans la plupart des pays » car les taxes n’évoluent pas avec la conjoncture économique.

Des chiffres globaux cité par l’OMS indiquent des taux d’accise moyens de 14% pour la bière et de 22,5% pour les spiritueux. Ainsi, un des sujets les plus délicats en Europe est désormais identifié : « le vin n’est toujours pas soumis à des taxes dans au moins 25 pays, principalement en Europe », ce qui conduit l’organisation à affirmer que les risques pour la santé exigent une politique plus cohérente entre les différents types d’alcool.

Le Dr Etienne Krug, membre de l’OMS, relie cette question à des coûts immédiats, au-delà des problèmes de santé chroniques : « Des boissons alcoolisées plus accessibles favorisent la violence, les accidents et les maladies ».

Une feuille de route décennale : hausse de 50% des prix réels

L’OMS propose un plan à long terme, axé sur son initiative « 3 d’ici à 2035 », lancée en 2025, visant à augmenter les prix réels (hors inflation) des produits comme le tabac, l’alcool et les boissons sucrées d’au moins 50% d’ici à 2035 grâce à la taxation.

Concrètement, si les gouvernements suivent cette ligne directrice, trois résultats sont envisagés (avec des variations selon la structure des taxes) :

  • Une augmentation des prix affichés sur certaines boissons et alcools, entraînant un impact direct sur les dépenses « de loisirs » et modifiant les choix (quantités, fréquence, produits de substitution).
  • Une pression sur l’offre : lorsque la taxe est liée au contenu en sucre ou en alcool, les fabricants seront incités à reformuler leurs produits pour proposer des options moins taxables (aliments moins sucrés, boissons moins alcoolisées), changeant ainsi les habitudes de consommation sans imposer d’interdictions.
  • Un débat autour des affectations des recettes fiscales : l’OMS met en avant l’idée d’investir ces fonds dans les domaines de la santé, de l’éducation ou de la protection sociale. Jeremy Farrar, sous-directeur général, résume cette intention : « Cela permet de diminuer la consommation de produits nocifs ».

En arrière-plan, l’OMS reconnaît également que la fiscalité n’est pas un « acte technique » neutre, pouvant susciter des résistances et des contestations. Pourtant, son argument central reste que le statu quo, avec des produits de plus en plus accessibles en termes réels, entraîne des charges croissantes pour la collectivité.

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