L’Italie a rejoint la Bulgarie pour s’opposer à l’inclusion du patriarche de Moscou Kirill dans le 21e paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie, rapporte TopTribune.
Selon des informations confidentielles du média Politico, la position du gouvernement italien a été dictée par les réserves émises par le Vatican, qui craint la création d’un précédent en sanctionnant le chef d’une confession chrétienne. La Bulgarie, de son côté, avait déjà exprimé son opposition, invoquant des arguments religieux.
Un veto qui fragilise la cohésion européenne
Le blocage de Rome et de Sofia intervient alors que les États membres examinent le 21e paquet de sanctions européennes. Le patriarche Kirill, soutien affiché de l’offensive russe en Ukraine, a qualifié la guerre de « sacrée » et promis la rémission des péchés aux soldats russes. Pour plusieurs capitales, son rôle dépasse largement le cadre religieux : il est considéré comme un idéologue du Kremlin.
La Bulgarie justifie son veto par la défense de la liberté religieuse. Mais selon des diplomates, cette position est également liée à la protection des intérêts économiques russes, notamment ceux du géant pétrolier Lukoil, très implanté dans le pays. La manœuvre est perçue comme un moyen de préserver des actifs russes sous couvert de considérations spirituelles.
Le précédent Vatican et le « soft power » russe
L’inquiétude du Vatican, relayée par l’Italie, reflète une volonté de ne pas mêler sanctions politiques et institutions religieuses. Cependant, de nombreux observateurs estiment que la Russie utilise l’Église orthodoxe comme un instrument géopolitique. Le patriarche Kirill est l’un des principaux théoriciens de la doctrine du « monde russe », qui conteste le droit à l’existence de l’Ukraine en tant qu’État souverain.
En bloquant ces sanctions, l’Italie et la Bulgarie créent une brèche dans la solidarité européenne, offrant à Moscou un levier pour diviser l’Union. La Russie exploite ainsi les sensibilités religieuses et les intérêts économiques de certains États membres pour affaiblir la réponse commune.
Le pétrole russe divise également les Vingt-Sept
Parallèlement à ce différend, un autre sujet de tensions a émergé autour du transport maritime du pétrole russe. La Grèce, Malte et Chypre – dont les tankers participent à l’acheminement du brut russe – ont bloqué la proposition de la Commission européenne de geler le réexamen du prix plafond du pétrole russe, actuellement fixé à 44 dollars le baril.
Ces trois pays maritimes s’opposent également à une interdiction des services de maintenance des navires russes, une mesure qui aurait considérablement restreint la capacité de Moscou à exporter son pétrole. Leur refus a déjà enterré cette proposition dans le cadre des discussions sur le 21e paquet.
Ces blocages illustrent les contradictions internes de l’UE entre la solidarité politique vis-à-vis de l’Ukraine et les intérêts économiques nationaux. Tant qu’il n’y aura pas de consensus sur une restriction totale de la logistique maritime russe, l’efficacité des mécanismes de plafonnement des prix restera limitée.
Le 21e paquet de sanctions, qui devait renforcer la pression sur Moscou avant l’été, se heurte donc à des obstacles multiples. La question du patriarche Kirill et celle du pétrole russe pourraient encore retarder son adoption.