Alors que l’intelligence artificielle (IA) s’introduit de plus en plus dans les pratiques tant professionnelles que personnelles, une étude parue dans JAMA Network Open met en évidence un lien statistique entre une utilisation intensive de ces outils et l’apparition de symptômes dépressifs. Ce constat résonne particulièrement en France, où l’expansion de l’IA progresse à une vitesse qui dépasse souvent les réflexions sur ses répercussions humaines, rapporte TopTribune.
Assistants IA et chatbots : l’impact sur le bien-être souligné
L’IA n’est plus simplement une notion futuriste. En une courte période, elle est devenue un outil omniprésent au travail, un assistant pour la rédaction, un moteur de recherche interactif, et même un partenaire de conversation quotidien. Cette rapide banalisation engendre un discours ambivalent : tandis que certains vantent les bénéfices en matière de productivité et d’efficacité, d’autres soulèvent des préoccupations croissantes sur les effets de son utilisation sur la santé mentale et les interactions sociales.
Dans ce cadre, une étude américaine parue le 21 janvier 2026 dans JAMA Network Open a suscité l’intérêt des spécialistes. Les chercheurs ont examiné les réponses de 20 847 adultes américains sur leurs habitudes d’utilisation d’IA conversationnelle et sur leur état de santé mentale. Ils ont constaté que les utilisateurs fréquents d’IA présentent un risque de symptômes dépressifs supérieur de 30% par rapport aux non-utilisateurs ou à ceux qui en font un usage occasionnel.
Cependant, les chercheurs mettent en garde : « Ces résultats ne démontrent pas un lien de causalité », signalent-ils, rappelant que l’étude révèle une association statistique plutôt qu’un effet direct. En d’autres termes, l’IA n’est pas forcément la cause unique de la dépression, mais plutôt un facteur corrélé à d’autres vulnérabilités.
IA et soutien émotionnel : un usage à risque
Un des points clés de cette étude concerne la nature des interactions. Le risque accru de dépression se manifeste de manière plus forte chez les individus qui utilisent l’IA pour exprimer leurs émotions, chercher du réconfort ou atténuer un sentiment de solitude. « Les usages émotionnels sont ceux qui présentent les liens les plus significatifs avec des symptômes dépressifs et anxieux », notent les chercheurs.
Cette distinction revêt une grande importance pour saisir les enjeux en jeu. Les usages fonctionnels — comme la rédaction de documents ou la recherche d’informations — ne sont pas associés à des impacts négatifs sur la santé mentale. En revanche, lorsque l’IA devient un substitut aux interactions humaines, elle peut exacerber des situations déjà précaires.
Les conclusions de cette étude ont été brillamment relayées par les médias français. « Discuter régulièrement avec une IA pourrait présenter des risques pour la santé mentale », rapporte CNews, soulignant que les chercheurs parlent surtout d’un effet amplificateur sur des vulnérabilités préexistantes, plutôt que d’un mécanisme pathologique indépendant.
Résonance particulière dans le milieu professionnel français
Bien que l’étude soit axée sur les États-Unis, ses résultats trouvent un écho en France, spécialement au sein du monde du travail. Selon le Baromètre de la formation et de l’emploi publié en avril 2025 par le Centre Inffo, 53% des employés français affirment utiliser l’intelligence artificielle dans leur travail.
Ce même rapport met à jour un malaise sous-jacent : 77% des employés expriment une crainte de dépendance à l’IA, et 71% redoutent une diminution des interactions humaines.
Dans un contexte où les méthodes de travail évoluent rapidement, l’IA devient ainsi un nouveau défi en matière de santé au travail, comparable à l’hyperconnexion ou à une pratique excessive du télétravail. Les entreprises y voient un levier de compétitivité, mais les salariés s’inquiètent de la pression d’utilisation et de la normalisation d’une assistance omniprésente.
Français pris entre adoption et préoccupation
Au-delà du secteur professionnel, les sondages d’opinion révèlent cette dualité. Une enquête publiée le 10 février 2025 par Ipsos indique que 44% des Français pensent que l’IA générative pourrait mener à une dépendance, une préoccupation similaire est partagée sur ses effets potentiels sur les relations interpersonnelles.
Cela montre que la question dépasse le cadre technologique. Elle devient sociale et sanitaire, alors que l’IA progresse plus rapidement que les dispositifs de prévention ou de soutien. Les chercheurs américains soulignent que « La fréquence d’utilisation et le contexte émotionnel des interactions sont essentiels », appelant à une meilleure compréhension des usages à risque.
Un signal faible devenu un enjeu public
Plutôt que de rejeter l’IA, l’étude parue dans JAMA Network Open appelle à un changement dans notre perspective. Elle suggère que l’IA peut agir comme un révélateur de fragilités psychologiques au sein de sociétés déjà marquées par l’isolement, la pression au travail et la dématérialisation des échanges.
Pour les décideurs politiques et les entreprises, le défi consiste à différencier entre les usages bénéfiques et les usages problématiques, tout en intégrant la santé mentale dans les stratégies de déploiement de l’IA. À défaut, nous risquons de voir se multiplier des situations où la technologie, conçue pour assister, devient un accompagnateur omniprésent, agissant sans véritable supervision humaine.