L'hyperphagie dans le film «Saccharine» : une représentation insatisfaisante des troubles alimentaires dans la pop culture

L’hyperphagie dans le film «Saccharine» : une représentation insatisfaisante des troubles alimentaires dans la pop culture

13.06.2026 09:07
2 min de lecture

Le film «Saccharine» soulève des questions sur la représentation des troubles du comportement alimentaire

Le film d’horreur «Saccharine», qui est sorti le 3 juin 2026, suit l’histoire d’Hana, une étudiante en médecine souffrant d’hyperphagie. Bien que le film aborde un sujet important, il s’enlise rapidement dans des clichés sensationnalistes, mettant en évidence les difficultés de la pop culture à traiter les troubles du comportement alimentaire (TCA) de manière réaliste, rapporte TopTribune.

L’hyperphagie, ou hyperphagie boulimique, se caractérise par des épisodes de prise alimentaire incontrôlée et excessive, entraînant un inconfort physique. Ce trouble concerne environ 3 à 5 % de la population française, un chiffre qui surpasse celui de la boulimie et de l’anorexie. Pourtant, il reste largement méconnu, même parmi ceux qui en souffrent, en partie à cause de la stigmatisation et de la représentation médiatique déficiente.

Lucy Bassett, professeure à l’université de Virginie et auteure d’une étude sur la représentation des TCA au cinéma, souligne que les personnages des films et des séries sont souvent stéréotypés. «Ces productions véhiculent l’idée qu’il faut être gros pour souffrir d’hyperphagie», explique-t-elle. Elle constate également que les figures souffrant de TCA sont majoritairement des femmes blanches et minces, tandis que les hommes et les personnes issus de minorités sont souvent sous-représentés.

Le film «Saccharine», qui présente Hana luttant avec sa relation toxique à la nourriture, utilise des clichés graphiques pour illustrer son état, mettant l’accent sur des gros plans peu flatteurs et des effets sonores amplifiant les bruits de mastication. Ce choix narratif ne favorise pas une compréhension empathique du personnage, mais contribue à une vision stigmatisante des troubles alimentaires.

Une culture de stigmatisation

Les représentations médiatiques de l’hyperphagie, de l’anorexie et de la boulimie sont souvent éloignées de la réalité. Tandis que l’anorexie est fréquemment mise en avant au cinéma en raison de ces représentations, l’hyperphagie semble reléguée à des rôles comiques, où les personnages en surpoids sont souvent moqués. Lucy Bassett ajoute que «lorsque le sujet est abordé, c’est souvent de manière sensationnelle et dégradante», alimentant ainsi la stigmatisation des personnes réelles souffrant de ces troubles.

Le film «Saccharine» n’est pas un cas isolé, d’autres productions comme «The Whale» de Darren Aronofsky renforcent ce phénomène de déshumanisation des personnages atteints d’obésité. Cette approche contribue à la méconnaissance des réalités des TCA, rendant difficile pour de nombreuses personnes de reconnaître leurs propres luttes.

Vers une meilleure représentation

Concernant les améliorations nécessaires, Bassett insiste sur le fait que les médias ont le potentiel de raconter des histoires plus nuancées. «Il est dommage que, malgré des progrès dans d’autres domaines de représentation, nous soyons encore à la traîne sur les TCA», conclut-elle. La prise de conscience et la représentation éclairée des TCA restent des défis à relever pour la culture populaire.

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