Les avoirs russes gelés mettent à l’épreuve la solidarité européenne
Les avoirs russes gelés mettent à l’épreuve la solidarité européenne

Les avoirs russes gelés mettent à l’épreuve la solidarité européenne

07.10.2026 15:40
3 min de lecture

La Slovaquie refuse de soutenir la confiscation des avoirs souverains russes gelés dans l’Union européenne et ne veut pas participer à un mécanisme susceptible de créer des obligations financières pour le pays. La position de Bratislava intervient alors que les Européens cherchent à déterminer comment utiliser plus de 200 milliards d’euros immobilisés sur leur territoire au profit de l’Ukraine.

Lubos Blaha, vice-président du parti gouvernemental Smer – démocratie sociale et député européen, a de nouveau confirmé cette ligne le 6 octobre 2026. Le gouvernement dirigé par Robert Fico distingue ainsi la défense de ses intérêts financiers de l’objectif poursuivi par plusieurs autres capitales européennes : faire contribuer la Russie aux conséquences de la guerre et au financement de la reconstruction ukrainienne.

Le point de friction : le capital lui-même

Les discussions européennes ne portent pas seulement sur la destination des fonds. Elles concernent aussi la différence entre le gel et la confiscation. Lorsqu’un avoir est gelé, son propriétaire ne peut plus en disposer librement, mais le capital reste immobilisé. La confiscation va plus loin : elle modifie le contrôle exercé sur ce patrimoine et pourrait permettre d’en affecter le principal à un autre usage.

Ce changement soulève des questions juridiques et financières complexes. Les États doivent déterminer la base légale d’une telle opération, les responsabilités en cas de litige et la manière de répartir d’éventuelles pertes ou garanties. La Slovaquie affirme ne pas vouloir s’exposer à des engagements découlant d’une décision prise collectivement au niveau européen.

La déclaration de Smer ne signifie pas que Bratislava aurait déjà empêché l’adoption d’une décision européenne définitive. Elle confirme plutôt un refus politique de soutenir la confiscation ou de rejoindre des dispositifs qui pourraient imposer des charges financières au pays. Le cadre concret de l’opération reste encore à négocier.

Une décision qui exige un accord politique et juridique

Les dirigeants des États membres et les ministres des Affaires étrangères doivent reprendre l’examen des options concernant les avoirs russes bloqués en Europe. De nouvelles réunions sont prévues le 12 octobre, puis les 15 et 16 octobre.

À une échelle supérieure à 200 milliards d’euros, un accord de principe ne suffirait pas. Les gouvernements devraient aussi s’entendre sur la structure juridique du mécanisme, l’utilisation précise des fonds et la couverture des risques. La position slovaque peut donc compliquer la recherche d’une formule commune, surtout si celle-ci prévoit des garanties, des responsabilités partagées ou d’autres engagements budgétaires.

Bratislava présente son opposition comme une protection de l’économie nationale. Les partisans de la confiscation répondent que les avoirs russes ne devraient pas rester durablement inutilisés alors que l’Ukraine fait face aux coûts de la guerre et de sa reconstruction. Entre ces deux approches, l’Union doit encore établir jusqu’où elle est prête à aller pour transformer des fonds gelés en ressources effectivement mobilisables.

Une fracture politique au sein de l’Union

La position du gouvernement de Robert Fico s’inscrit dans un débat plus large sur la réponse européenne à la Russie. Certains États cherchent à accroître la pression financière et à dégager de nouveaux moyens pour l’Ukraine. D’autres redoutent les conséquences d’un précédent juridique, les procédures judiciaires et les risques que pourrait faire peser une confiscation sur les finances publiques ou la stabilité du système financier.

Les déclarations de Lubos Blaha rejoignent le refus exprimé par Moscou à l’égard de la confiscation. Cette convergence ne suffit toutefois pas à établir une coordination entre Smer et le gouvernement russe. Le fait établi est que Bratislava s’oppose publiquement à une option considérée par plusieurs gouvernements européens comme une source potentielle de financement pour l’Ukraine.

Les réunions d’octobre diront si l’Union peut élaborer un mécanisme accepté par un nombre suffisant d’États malgré les réserves slovaques. D’ici là, les avoirs russes resteront gelés : à la fois instrument de pression sur Moscou et révélateur des limites de la solidarité européenne lorsque celle-ci implique des risques financiers concrets.

Lire le rapport d’AIF sur la position slovaque.

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