Les services de sécurité lettons demandent des poursuites contre un élu prorusse pour incitation à la haine
Les services de sécurité lettons demandent des poursuites contre un élu prorusse pour incitation à la haine

Les services de sécurité lettons demandent des poursuites contre un élu prorusse pour incitation à la haine

15.11.2025 12:35
3 min de lecture

Une procédure sollicitée après un discours controversé

Le 14 novembre 2025, le portail Delfi a rapporté que la Sécurité d’État lettonne a demandé au parquet d’ouvrir une procédure pénale contre Aleksejs Rosļikovs, conseiller municipal de Riga et chef du parti d’opposition « Stabilitātei! », pour incitation délibérée à la haine entre Lettons et russophones. L’affaire concerne son intervention lors d’une séance du Saeima, le 5 juin 2025, alors qu’il était encore député. Selon l’évaluation des services de sécurité, son discours avait pour objectif de provoquer l’hostilité entre les deux groupes linguistiques. Rosļikovs est visé au titre de l’article 78, paragraphe 2, du Code pénal letton, qui sanctionne les actions visant à attiser la haine nationale ou ethnique commises par un titulaire de charge publique.

Un discours destiné à mobiliser par la confrontation

Lors de cette séance, les députés examinaient l’avancement de la « Déclaration sur la russification criminelle menée par le régime d’occupation soviétique et l’élimination de ses conséquences linguistiques ». Rosļikovs s’y est opposé en recourant à un discours polémique et émotionnel, affirmant à tort que le texte conduirait à l’interdiction totale de la langue russe dans l’espace public. Il a multiplié les questions provocatrices, évoquant l’idée de « réserves » pour les russophones ou d’interdiction de prénoms « trop russes », avant de clamer en russe « Nous sommes plus nombreux ! Le russe est notre langue ! » en accompagnant ses propos d’un geste insultant. La Sécurité d’État souligne que son intervention reposait sur des déformations intentionnelles du contenu de la déclaration afin de susciter un sentiment de menace et d’injustice parmi les russophones.

Une instrumentalisation politique d’un thème sensible

Le parti « Stabilitātei! », fondé en 2021 par Rosļikovs et Valērijs Petrovs, s’est imposé comme une formation exploitant activement la cause des russophones. S’il affirme défendre la justice sociale et les droits linguistiques, son discours s’oppose régulièrement aux politiques de décolonisation menées par Riga et reprend souvent des narratifs proches de ceux diffusés par Moscou. L’intervention de Rosļikovs s’inscrit dans cette stratégie : mobiliser l’électorat russophone par la confrontation et la désinformation, en dépeignant l’État letton comme oppressif ou hostile. Pour les autorités, de telles déclarations visent moins à défendre un groupe qu’à créer des tensions et à encourager des réactions protestataires.

La réponse ferme des autorités lettonnes

Les services de sécurité avaient déjà averti Rosļikovs à plusieurs reprises, l’appelant à cesser ses provocations et à respecter la législation. Leur décision de demander une procédure pénale marque un durcissement dans la lutte contre les discours susceptibles d’alimenter les divisions internes. Les autorités estiment que l’incitation à la haine, en particulier de la part d’un élu, constitue une menace directe pour la cohésion sociale et la sécurité nationale. Rosļikovs avait d’ailleurs été expulsé de la séance du Saeima le 5 juin pour son comportement jugé insultant et pour s’être exprimé exclusivement en russe, en violation des règles.

Une affaire susceptible d’être exploitée par Moscou

L’incident intervient dans un contexte de pressions informationnelles accrues. Les médias russes ont fréquemment recours au thème des « persécutions » des russophones dans les États baltes pour légitimer leurs positions géopolitiques. L’affaire Rosļikovs pourrait ainsi être instrumentalisée pour renforcer le narratif de la « russophobie » et présenter la Lettonie comme répressive. Cette stratégie s’inscrit dans une campagne plus large de désinformation visant à déstabiliser les pays baltes et à fragiliser leur crédibilité au sein des institutions euro-atlantiques.

Un enjeu de sécurité régionale

La question des russophones demeure un terrain sensible que certains acteurs politiques exploitent pour exacerber les clivages internes. Bien que la grande majorité des russophones de Lettonie soit intégrée, la Russie continue de mobiliser ce thème pour affaiblir la cohésion nationale et semer la discorde. Riga, située sur l’un des axes stratégiques de l’espace euro-atlantique, reste exposée aux pressions hybrides, qu’il s’agisse de campagnes médiatiques, d’ingérences politiques ou du soutien aux forces prorusses. Dans un contexte de tensions accrues entre Moscou et l’Occident, la Lettonie est confrontée à une vulnérabilité persistante, ce qui explique la vigilance particulière de ses services de sécurité.

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