Depuis le début du mois d’octobre, le collectif Lacrymos de sang a recueilli 6 000 témoignages de femmes évoquant divers troubles menstruels après une exposition aux gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre, notamment des crampes douloureuses, des saignements inexpliqués, et des fausses couches. Ces récits soulèvent des préoccupations quant aux effets potentiels de ces agents chimiques sur la santé, rapporte TopTribune.
Parmi les personnes interrogées, certaines décrivent des douleurs plus intenses que celles de leurs règles habituelles, tandis que d’autres témoignent d’une douleur qu’elles n’ont jamais connue. Eva-Luna Tholance, membre du collectif et journaliste spécialisée dans la santé sexuelle et gynécologique, note que des femmes ménopausées ou sous traitement hormonal signalent également des saignements inhabituels. « On a aussi des témoignages de fausses couches, principalement chez des personnes au cours du premier mois, mais aussi pendant le premier trimestre de la grossesse », ajoute-t-elle.
Déjà constaté aux États-Unis
Ces observations résonnent avec celles recueillies lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter en 2020, où des effets similaires ont été rapportés. Dès lors, une question persiste : les gaz lacrymogènes peuvent-ils vraiment perturber les cycles menstruels ?
Une étude publiée en 2021 dans la revue BMC Public Health, menée après les manifestations de Portland, suggère que c’est effectivement le cas. Sur 1 650 personnes interrogées concernant leur santé menstruelle, 54,5 % ont signalé des irrégularités dans leur cycle, une sensibilité accrue dans les seins, avec un taux d’incidence qui augmentait en fonction de la durée d’exposition aux gaz. Environ 40 % des femmes exposées pendant un jour signalaient des troubles, contre jusqu’à 67 % après cinq jours ou plus.
Gaz, cyanure et cycle menstruel ?
Pour expliquer ces symptômes, une hypothèse supplémentaire est formulée par le docteur en biologie moléculaire Alexander Samuel, qui évoque le lien entre la production de cyanure et la dérégulation du cycle. Après l’exposition aux gaz, l’organisme peut produire ce composé toxique en quantités négligeables.
« Le cyanure empêche les cellules d’utiliser l’oxygène », déclare le chercheur. Il précise que durant le cycle menstruel, « une étape cruciale est l’hypoxie, un manque d’oxygène qui intervient à un moment précis. Si une hypoxie est induite au mauvais moment, cela peut perturber le cycle ou causer d’autres problèmes ». Ce postulat doit cependant encore être vérifié. D’autres spécialistes, notamment certains gynécologues, évoquent des effets potentiellement liés au stress induit par les manifestations, l’anxiété étant un facteur connu des dysfonctionnements du cycle.
