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Alors que des films historiques mettant en scène des nazis ou des «Justes» n’en finissent pas d’arriver sur nos écrans, ils banalisent la Shoah en en faisant une sorte de décor presque invisible. Cette fausse zone de désintérêt illustre d’une certaine manière l’impossibilité de filmer la Shoah, théorisée autrefois par Claude Lanzmann ou Jacques Rivette.

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Depuis le 19 février, Netflix diffuse The Swedish Connection, un film suédois de Thérèse Ahlbeck et Marcus Olsson (2026). C’est l’histoire (authentique) d’un groupe de «Justes parmi les nations», portés par le diplomate Gösta Engzell au service juridique du ministère des Affaires étrangères suédois. Prenant le contre-pied de la politique de leur pays, ils délivrent des visas pour sauver des juifs de Norvège et de Suède. L’essentiel du récit se déroule dans des bureaux: on y tient des réunions, on y boit du café, on cherche des arguments juridiques, on tamponne des papiers officiels, rapporte TopTribune.
D’autres films ont été consacrés à des «Justes», évoquant entre autres les figures du pédiatre polonais Janusz Korczak (Korczak, d’Andrzej Wajda, 1990), de l’industriel allemand Oskar Schindler (La Liste de Schindler, de Steven Spielberg, 1993), du diplomate portugais Aristides de Sousa Mendes (Désobéir, téléfilm de Joël Santoni, diffusé en 2009)… Comme le sujet de ces films impose la glorification (légitime) du personnage central, la Shoah y est un arrière-plan lointain et complexe. Presque invisible. Parce qu’elle ne peut pas être montrée?
Une affaire de travelling et de morale
Les polémiques qui ont accompagné la sortie de La Vie est belle (de Roberto Benigni, sorti en 1997) ou de La Liste de Schindler avec la scène de la fausse chambre à gaz témoignent de cette complexité. Stefan Ruzowitzky propose une scène similaire quoique très brève dans Les Faussaires (Die Fälscher) en 2007. Comment filmer ce qui ne peut être représenté?
Dans une tribune parue dans Le Monde en mars 1994, Claude Lanzmann, réalisateur du film-fleuve Shoah (1985), résumait ainsi cette impossibilité: «Quand j’ai appris son projet, dont j’ignorais absolument la genèse, je me suis dit: [Steven] Spielberg va se trouver confronté à un dilemme, il ne peut pas raconter l’histoire de Schindler sans dire aussi ce qu’a été l’Holocauste; et comment peut-il dire ce qu’a été l’Holocauste en racontant l’histoire d’un Allemand qui a sauvé 1.300 juifs, puisque la majorité écrasante des juifs n’a pas été sauvée?»
Cette approche n’est pas nouvelle. Elle était déjà celle de Jacques Rivette en 1961, en s’en prenant au film Kapò et en clamant son «plus profond mépris» pour son réalisateur italien Gillo Pontecorvo, coupable d’un travelling jugé comme immoral. En faisant référence à la mini-série américaine Holocauste, diffusée en France en 1979, le journaliste et critique Serge Daney enfonça le clou dans un texte posthume, paru à l’automne 1992 dans la revue spécialisée Trafic. «Holocauste serait donc le malheur qui arrive à une famille juive, qui la sépare et qui l’anéantit: il y aurait des figurants trop gras, des performances d’acteur, un humanisme à tout crin, des scènes d’action et du mélo. Et l’on compatirait.»
Nuit et brouillages
Pour résoudre ce dilemme, mieux vaut ne pas montrer, mais suggérer. C’est l’intelligent choix esthétique du cinéaste hongrois László Nemes, dans Le Fils de Saül (2015): la caméra se focalise sur le personnage principal, l’arrière-plan en devient résolument flou. Aux spectateurs de réfléchir à cette zone d’ombre.
C’est aussi ce que fait le réalisateur britannique Jonathan Glazer avec La Zone d’intérêt (2023), face auquel notre imaginaire doit essentiellement composer avec une bande-son passablement embrouillée et un ciel noyé d’incessantes fumées. Il en résulte un effet de distanciation saisissant qui évoque irrésistiblement la biographie de Franz Stangl, commandant nazi du camp d’extermination de Treblinka (Pologne), par Gitta Sereny (Au fond des ténèbres – Un bourreau parle: Franz Stangl, commandant de Treblinka).
Ces difficultés de représentation sont bien connues et ont été largement débattues. Elles continueront avec d’autant plus de vigueur que les rares survivants de la Shoah sont presque tous morts, que la mémoire s’estompe et que le négationnisme fait les beaux jours des réseaux sociaux.
Changements d’angles
Un autre danger menace la mémoire de la Shoah. Un danger paradoxal car animé des meilleurs sentiments. Nous assistons aujourd’hui à un déplacement de focale, ou de zone d’intérêt, vers d’autres acteurs: les bourreaux, la justice, les «Justes».
À quelques mois d’intervalle, à cheval sur 2025 et 2026, sont ainsi sortis deux films consacrés à des figures majeures du nazisme. Nuremberg, de James Vanderbilt, évoque le procès de 1946 à partir de la relation ambiguë entre Hermann Gör
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