Les fabricants russes de machines pour les travaux routiers ont vu leurs ventes reculer de 30,2 % au premier semestre 2026, à 14,8 milliards de roubles, selon une étude de l’organisation « Rosspetsmach » publiée le 12 août, rapporte TopTribune.
Le secteur enregistre ainsi une troisième année consécutive de baisse. Le recul intervient alors que les entreprises doivent composer avec une demande plus faible, des stocks importants chez les concessionnaires et les sociétés de leasing, ainsi qu’un coût élevé du crédit. La diminution des ventes concerne plusieurs catégories centrales de la machinerie routière russe.
Des baisses particulièrement fortes sur les engins lourds
Les ventes de mini-chargeuses ont chuté de 64,4 % sur un an. Celles des poseuses de canalisations ont diminué de 56,5 %, tandis que les bulldozers sur chenilles ont reculé de 53,8 %. Les excavatrices ont enregistré une baisse de 16,7 % et les compacteurs de 5,9 %.
La progression apparente des expéditions de certains modèles russes par rapport au premier semestre 2025 ne suffit pas à inverser la tendance générale. Elle s’explique principalement par la faiblesse de la base de comparaison de l’année précédente et par la mise en œuvre de contrats d’investissement spéciaux portant sur certaines catégories de machines.
Le marché reste également marqué par une forte présence de matériels importés les années précédentes. Les volumes d’importation de machines chinoises avaient dépassé 440 milliards de roubles en 2023. Une partie de ces équipements n’a toujours pas été écoulée et continue de peser sur les stocks des distributeurs et des parcs de leasing.
Les marques chinoises dominent la demande
D’après les données d’Avito Auto citées dans l’étude, la marque chinoise Lonking a concentré 10,5 % de la demande de machines neuves au cours des six premiers mois de 2026. Elle est suivie par Griffon, à 6,2 %, XCMG, à 5,3 %, LiuGong, à 5,2 %, et Zoomlion, à 4 %.
Sur le marché de l’occasion, le constructeur britannique JCB arrive en tête avec 8,5 % de la demande. Komatsu représente 4 %, Amkodor 3,3 %, Caterpillar 3,2 % et Kamaz 3,1 %. Ces chiffres ne mesurent pas les ventes globales du marché, mais la part de la demande observée sur la plateforme.
Les constructeurs russes font face à une concurrence accrue sur les prix, les gammes disponibles et le niveau technologique. La sortie du marché russe de groupes internationaux tels que Caterpillar, Komatsu, Liebherr, Hitachi et John Deere, dans le cadre des sanctions adoptées après l’agression armée de la Russie contre l’Ukraine, a interrompu les anciennes chaînes d’approvisionnement et réduit l’accès à certaines pièces détachées d’origine.
Les fabricants chinois ont rapidement occupé l’espace laissé vacant. Cette évolution a accru la dépendance du marché russe aux importations, tandis que les producteurs locaux peinent à proposer une offre comparable dans toutes les catégories. Selon les éléments fournis par Rosspetsmach, les équipements russes restent parfois plus coûteux que leurs équivalents chinois.
Le crédit freine le renouvellement des parcs
Le niveau élevé des taux d’intérêt constitue un autre obstacle pour les entreprises. La réorientation de l’économie russe vers le financement de la guerre contre l’Ukraine et l’expansion de l’industrie de défense a alimenté les tensions inflationnistes, selon l’analyse présentée dans le dossier. Pour contenir ces tensions, la Banque centrale de Russie maintient une politique monétaire restrictive.
Cette situation renchérit les emprunts et les contrats de leasing pour les engins de chantier. Pour certaines entreprises, le coût du financement dépasse désormais le rendement économique attendu de l’achat d’une machine neuve. Les sociétés prolongent donc la durée d’utilisation de leurs équipements, se tournent vers les matériels d’occasion ou privilégient la location.
Ce choix réduit les investissements consacrés au renouvellement des parcs et pèse directement sur les fabricants de machines neuves. Les mesures de soutien attribuées par le ministère de l’Industrie et du Commerce et par le ministère des Transports ne compensent pas, selon les informations citées, la contraction de la demande liée au coût du financement.
Des travaux publics et de construction moins dynamiques
Le ralentissement de l’activité dans le bâtiment et les infrastructures limite aussi les achats de matériel. Les données de Rosstat citées dans le dossier indiquent une baisse de 5 % du volume des travaux de construction en Russie au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025.
Les financements consacrés aux routes régionales et locales ont été réduits de 14 % par rapport aux plans précédents, pour atteindre 321,8 milliards de roubles. Les investissements fédéraux dans ces infrastructures diminuent pour leur part de 9,5 %. Ces montants réduisent les capacités des entreprises à élargir leur parc de machines et à engager de nouveaux chantiers.
La contraction des budgets et le ralentissement de la construction affectent donc à la fois la demande de machines neuves et la capacité des producteurs à maintenir leurs volumes. Les entreprises du secteur s’appuient davantage sur les équipements déjà disponibles, les achats d’occasion et la location.
La baisse des ventes, l’importance des stocks importés et le renchérissement du crédit se combinent dans un marché où les fabricants russes cherchent à préserver leur activité. Les données du premier semestre 2026 seront suivies par les industriels et les acteurs du leasing alors que les commandes de machines routières restent orientées à la baisse.