Les enjeux de la visite d'Emmanuel Macron en Syrie : investissements, sécurité et influence régionale

Les enjeux de la visite d’Emmanuel Macron en Syrie : investissements, sécurité et influence régionale

07.07.2026 14:56
5 min de lecture

Emmanuel Macron est arrivé lundi à Damas pour une visite de deux jours, la première d’un chef d’Etat français en Syrie depuis 2009. Il est accompagné d’une délégation d’une dizaine de dirigeants de grandes entreprises françaises, rapporte TopTribune.

Les poignées de main échangées à Damas dépassent largement le cadre d’une simple visite d’Etat. En posant le pied sur le sol syrien, lundi 6 juillet, Emmanuel Macron ne tourne pas seulement la page de quinze années de rupture diplomatique avec le régime de Bachar al-Assad, il ouvre une nouvelle séquence dans les relations entre Paris et un pays qui tente de se reconstruire après une longue guerre civile.

Cette visite historique s’est toutefois déroulée dans un climat de très forte tension : mardi 7 juillet au matin, au moins deux explosions ont retenti près de l’hôtel où le président français avait passé la nuit. Au moins 18 personnes ont été blessées. Emmanuel Macron, qui avait déjà quitté les lieux pour rejoindre le palais présidentiel, est indemne et son déplacement se poursuit, a assuré l’Elysée.

Premier chef d’Etat d’un pays de l’Union européenne à se rendre en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, le président français entend accompagner la transition politique engagée par les nouvelles autorités, tout en défendant les intérêts diplomatiques, économiques et sécuritaires de la France. Resté confidentiel jusqu’à l’atterrissage pour des raisons de sécurité, ce voyage est notamment marqué par un entretien avec le président par intérim, Ahmed al-Charaa, et un forum économique consacré à la reconstruction du pays. Franceinfo vous résume les principaux enjeux de ce déplacement historique.

Accompagner la transition politique de la Syrie

Cette visite marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Paris et Damas. Depuis le début de la guerre civile en 2011, la France avait rompu tout contact avec le régime de Bachar al-Assad. Son renversement, en décembre 2024, a rebattu les cartes et conduit Paris à reprendre progressivement le dialogue avec les nouvelles autorités dirigées par Ahmed al-Charaa. Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à recevoir le président syrien à l’Elysée, en mai 2025.

En se rendant à son tour à Damas, le chef de l’Etat poursuit cette stratégie, mais sans renoncer aux exigences françaises. Quelques minutes après son arrivée, il a réaffirmé sur X vouloir porter « l’engagement de la France auprès du peuple syrien », en faveur d’« une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins ». Derrière cette formule, le président de la République souhaite accompagner la transition politique du pays, annonce l’Elysée.

La France souhaite également accompagner les nouvelles autorités dans la mise en place d’une justice transitionnelle, afin que les crimes commis pendant la guerre soient documentés et jugés. « La nouvelle Syrie ne sera notre partenaire qu’à la condition que sa pluralité soit parfaitement prise en compte », a prévenu l’Elysée. « Pas question » qu’un « pouvoir exclusif se substitue à un autre pouvoir exclusif ».

Renforcer les liens économiques entre les deux pays

La diplomatie n’est pas le seul objectif du déplacement. Emmanuel Macron est accompagné d’une délégation de dirigeants d’entreprises françaises, parmi lesquels Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA-CGM, Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, ainsi que plusieurs responsables d’entreprises spécialisées dans les infrastructures, l’énergie ou les services publics. Mardi 7 juillet, un « forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie et aux corridors stratégiques » réunit responsables politiques et acteurs économiques.

L’objectif est d’évoquer les investissements nécessaires pour rebâtir le pays, mais aussi le rôle que la Syrie pourrait jouer comme carrefour commercial et énergétique au Moyen-Orient. « La Syrie peut devenir un pays de transit important pour le pétrole qui vient d’Irak vers la Méditerranée » et offrir des « routes alternatives » au détroit d’Ormuz, a notamment estimé le PDG de TotalEnergies.

Après près de quatorze années de guerre, les besoins sont immenses. Routes, ports, réseaux d’eau et d’électricité, logements, bâtiments publics ou encore infrastructures industrielles doivent être reconstruits. Dans un rapport datant de 2025 et cité par l’Agence France-Presse (AFP), la Banque mondiale estime le coût de cette reconstruction à plus de 216 milliards de dollars (186 milliards d’euros). L’enjeu, pour Paris, est aussi de ne pas laisser le terrain aux pays du Golfe ou à la Turquie, déjà très actifs dans le pays.

Dans un entretien accordé à BFMTV lundi, Ahmed al-Charaa a lui-même mis en avant les « énormes opportunités d’investissement » offertes par la Syrie, évoquant des projets dans le tourisme, l’agriculture et l’industrie, ainsi qu’une future commande de huit avions Airbus. Plusieurs accords économiques et techniques doivent être signés à l’occasion de cette visite.

Stabiliser la Syrie pour éviter le retour de la menace jihadiste

La sécurité reste au cœur des préoccupations françaises. Si le groupe Etat islamique (EI) a perdu le territoire qu’il contrôlait, ses combattants sont toujours actifs dans plusieurs régions syriennes. La France reste engagée dans la coalition internationale contre l’organisation jihadiste et considère qu’une Syrie durablement instable ferait peser un risque direct sur la sécurité européenne.

La Syrie reste en effet confrontée à d’importants défis sécuritaires. Jeudi 2 juillet, un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas a fait dix morts. Emmanuel Macron devrait insister sur la nécessité d’inclure pacifiquement à l’Etat syrien les Kurdes, qui ont combattu avec les Occidentaux contre l’Etat islamique, et de protéger les minorités de ce pays multiethnique et multiconfessionnel. Ahmed al-Charaa s’est engagé en ce sens, mais le pays a été le théâtre de massacres d’alaouites en mars 2025 et d’affrontements sanglants avec des combattants druzes il y a un an.

Asseoir l’influence de la France au Moyen-Orient

Ce déplacement s’inscrit dans un contexte régional profondément bouleversé. La guerre entre Israël, l’Iran et les Etats-Unis, les équilibres autour du Liban, les relations avec la Turquie ou encore le rôle des monarchies du Golfe redessinent fortement la carte diplomatique du Moyen-Orient.

Paris ne cache pas être en désaccord net avec le souhait, plusieurs fois exprimé par Donald Trump, de voir la Syrie s’impliquer au Liban pour « s’occuper » du Hezbollah pro-iranien. Ahmed al-Charaa a récemment assuré n’avoir aucune intention d’intervenir dans le pays voisin. « Ce que nous attendons de la Syrie, c’est tout simplement qu’elle respecte son voisin libanais », a affirmé l’Elysée, cité par l’AFP.

A peine sa visite terminée, le président français doit, mardi 7 juillet au soir, rejoindre Ankara (Turquie) pour le sommet de l’Otan, où il retrouvera notamment son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, tandis qu’Ahmed al-Charaa, qui doit rencontrer Donald Trump.

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