Le terme « anti-France » relancé par Aurore Bergé et son utilisation par l'extrême droite

Le terme « anti-France » relancé par Aurore Bergé et son utilisation par l’extrême droite

24.02.2026 07:27
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Aurore Bergé a qualifié dimanche soir sur CNews La France insoumise d’« anti-France », un terme utilisé par certains membres de la classe politique pour désigner des opposants. Cette déclaration intervient alors que la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes n’est pas la première à utiliser une telle expression, précédée par des figures macronistes comme Prisca Thevenot en août 2024, qui avait également décerné à LFI la « médaille de l’anti-France », rapporte TopTribune.

Origine et signification de l’expression

Selon l’historien Johann Chapoutot, l’expression « anti-France » trouve son origine dans le vocabulaire de l’extrême droite, datée de la fin du XIXe siècle. Des théoriciens nationalistes tels que Charles Maurras et Édouard Drumont l’emploient pour identifier des groupes qu’ils considéraient comme étrangers au corps français, adoptant ainsi une perspective historico-biologique de la Nation, plutôt que juridique.

Chapoutot précise que dans cette logique, certains individus ne seraient pas perçus comme pleinement Français et seraient même accusés de contribuer à la « destruction » de la nation. « Charles Maurras parlait ainsi des  »quatre États confédérés » : les métèques, les protestants, les francs-maçons et les juifs, que lui qualifiait d’anti-France », explique-t-il. Le terme a été utilisé à un niveau gouvernemental pour la première fois sous le régime de Vichy.

Un terme désignant l’ennemi

Post-1945, l’expression a quasiment disparu, mais son apparition actuelle dans le discours politique est perçue comme alarmante. Dernièrement, Martine Vassal, candidate aux municipales à Marseille, a fait écho à des slogans liés à Vichy, renforçant cette connexion avec l’extrême droite.

Chapoutot argue qu’il est choquant de voir des membres du « bloc central » utiliser ouvertement un vocabulaire d’extrême droite, une tendance illustrant un « extrême centre », alignant ceux qui occupent des positions centristes avec des idées radicales. Ce phénomène expose des centristes disposés à la violence, utilisant les discours d’extrême droite tout en rejetant la responsabilité sur autrui.

L’ascension d’une alliance entre l’extrême droite et le centre

Chapoutot souligne que récents événements politiques, comme la mort de Quentin Deranque et les récentes déclarations de Vassal et Bergé, indiquent une résurgence d’une dynamique historique où l’extrême centre cherche à s’allier avec l’extrême droite pour maintenir le pouvoir. Il compare cette tendance aux alliances construites en Allemagne entre 1932 et 1933.

En élargissant son analyse, il conclut que la stratégie de se distancier de La France insoumise pour construire des alliances peut mener à des erreurs fatales, rappelant que des mouvements sociaux-démocrates ont historiquement sous-estimé les conséquences de la marginalisation de leurs adversaires, ce qui leur a souvent été préjudiciable.

Le défi de la perception publique

Chapoutot met en garde contre la façon dont le débat public englobe désormais une dichotomie de plus en plus marquée entre les « extrêmes », fustigeant une tendance à diaboliser la gauche tout en « dédiabolisant » l’extrême droite. Il affirme que l’administration actuelle et le Rassemblement national partagent une « communauté de valeurs », unissant ces factions contre un ennemi commun : la gauche.

La récurrence et la réinsertion dans le discours public de l’expression « anti-France » symbolisent une charge historique et idéologique essentielle, les implications de son retour méritent une attention critique et approfondie, conclut Chapoutot.

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