Le Rassemblement national renforce sa présence dans les municipalités françaises
Après le second tour des élections municipales, le Rassemblement national (RN) accroît le nombre de mairies qu’il dirige par six, une avancée significative pour le parti d’extrême droite profondément ancré dans le sud-est et le nord de la France, rapporte TopTribune.
La boucle WhatsApp des maires du RN, qui comptait initialement une dizaine de membres, verra ses effectifs exploser. Le parti a remporté les municipales dans 57 villes de plus de 3 500 habitants et une vingtaine d’autres communes plus petites. « On va être à peu près 70 », se réjouit Ludovic Pajot, maire de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), réélu dès le premier tour. Tous les nouveaux élus sont conviés, mardi 24 mars, à Paris pour un déjeuner en compagnie de Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Avec plus de 3 000 conseillers municipaux élus, soit le double de son précédent record de 2014, le RN est en passe de constituer un groupe au Sénat pour la première fois de son histoire après les élections sénatoriales de septembre prochain. Cela facilitera également la quête des 500 parrainages nécessaires pour la présidentielle. Bien que le RN demeure largement en dessous de l’ancrage local du Parti socialiste ou des Républicains, sa progression est indiscutable, en particulier dans ses fiefs, grâce à l’implication de ses élus et à une droite locale affaiblie.
Les résultats montrent que le RN excelle dans les régions où il avait déjà des bases solides. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le parti a conquis plusieurs villes, y compris des communes de plus de 10 000 habitants comme Menton, Agde, La Seyne-sur-Mer, et Orange. Dans les Hauts-de-France, il s’impose à Crépy-en-Valois et Liévin. Dans le Grand Est, il remporte à Saint-Avold et Amnéville.
Gilles Ivaldi, chercheur au Cevipof, souligne qu’il y a une concentration de communes conquises dans les zones de force du RN. « Le RN perçoit une manière de normalisation dans ces territoires », ajoute-t-il. Les victoires successives pourraient « rassurer les électeurs » potentiels des villes voisines.
« Le RN avait d’ailleurs concentré beaucoup de ses forces dans ses bastions et choisi des communes où il était très fort, car il manque encore de forces vives sur le terrain. »
Gilles Ivaldi, politologue
Le RN a également bénéficié de la présence de députés dans les scrutins municipaux. À Montargis et Amilly, le parti a capitalisé sur l’engagement de Thomas Ménagé, député impliqué. « C’est un levier efficace : un député a une exposition médiatique plus importante et peut impulser une dynamique », affirme Eddy Vautrin-Dumaine, sondeur pour le groupe Verian. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont intensifié leur mobilisation en enchaînant meetings et déplacements pour soutenir leurs candidats.
Le RN a progressé tout le long de l’arc méditerranéen et en Occitanie, remportant Carcassonne et Castres. « Dans ces villes, les candidats RN siphonnent la droite locale tout en prônant une forme de dégagisme, ce qui semble efficace », précise Vautrin-Dumaine.
« La stratégie de la cravate en version locale a marché. »
Eddy Vautrin-Dumaine, sondeur
Les résultats ouvrent une carte des villes moyennes, préfectures et sous-préfectures où le RN progresse. « Le vote RN s’est élargi, notamment dans les zones rurales et périurbaines », précise Gilles Ivaldi. Ce soutien repose sur des classes populaires et moyennes sensibles aux thèmes de sécurité et de services publics, des sujets porteurs dans ces territoires.
« Plus les communes sont de petite taille, plus le vote RN est élevé. »
Gilles Ivaldi, politologue
Cependant, malgré ces avancées, le RN peine à percer dans les grandes villes comme Marseille, où il n’a pu capitaliser sur les résultats du premier tour. Le député Laurent Jacobelli a imputé cette situation à « la droite la plus bête du monde », qui a préféré céder des voix à un candidat communiste plutôt que de soutenir les candidats du RN. « Dans les grandes métropoles, la sociologie ne nous est pas favorable », constate le député Sébastien Chenu, notant qu’un an avant la présidentielle de 2027, cet électorat demeure un défi pour la stratégie du RN.