Battu à Strasbourg malgré une alliance avec LFI, détrôné à Bordeaux face à un candidat macroniste, et contraint de céder sa place à Poitiers et à Besançon, le parti Les Ecologistes, qui avait semblé bénéficier de la confiance des électeurs en 2020, ne connaît pas le même succès à la fin des élections municipales de 2026. Seules la candidate écologiste de Grenoble, Laurence Ruffin, et le candidat de Tours, Emmanuel Denis, ont progressé aisément au second tour. À Lyon, le maire sortant Grégory Doucet a remporté 50,67 % des suffrages face à Jean-Michel Aulas dans un affrontement serré. Cette situation soulève des questions quant au désintérêt des électeurs pour les verts, rapporte TopTribune.
Selon Daniel Boy, directeur de recherche émérite à Sciences Po et spécialiste des mouvements écologistes, l’illusion d’une large victoire en 2020 masque les réalités : « Tout le monde s’est mis en tête qu’il s’agissait d’un tsunami écologiste, en réalité, il était plutôt question d’une petite vague. » Les écologistes avaient gagné dans quelques grandes villes, mais les marges étaient souvent minimes et les succès pas aussi généralisés que présenté.
Manque de préoccupations et discours anti-écologistes
Avant, cette « vague » écologiste reflétait les résultats des élections européennes de 2019, où Europe Ecologie Les Verts avait obtenu 13 sièges, devançant largement La France insoumise et le Parti socialiste. Daniel Boy note que l’intérêt pour les enjeux environnementaux a diminué depuis. « Le pic de préoccupation environnementale recueilli en 2020 ne s’est pas forcément ressenti en 2026 », observe-t-il. Les thèmes de la sécurité ont prévalu sur les préoccupations environnementales durant la campagne, laissant peu de place aux problèmes écologiques.
Juliette Grange, philosophe spécialisée dans les questions d’écologie, fait écho à cette analyse en notant que le discours anti-écologiste de la droite et de l’ultra-droite a pris le pas sur les idées vertes. Elle déplore cette offensive qui semble avoir influencé l’opinion des électeurs.
Des politiques écologiques mal perçues
Les écologistes en place auraient pu espérer bénéficier de leur statut de maires sortants. Pourtant, Daniel Boy souligne que l’insatisfaction des électeurs à l’égard de certaines mesures écologiques doit être prise en compte. À Bordeaux, par exemple, le maire Pierre Hurmic avait dû abandonner certaines restrictions d’éclairage public jugées trop sévères face à une montée des préoccupations sécuritaires. « Les verts, à leur arrivée au pouvoir, ont eu l’impression de devoir agir rapidement pour justifier la confiance des électeurs », note l’expert.
Les mesures environnementales, bien qu’urgentes, entraînent évidemment des contraintes que de nombreux citoyens rechignent à accepter. « Les Français s’inquiètent toujours du réchauffement climatique, mais la notion de contrainte les dérange », conclut Boy. Les changements abrupts, comme demander aux automobilistes de partager la route avec des cyclistes, risquent de créer du mécontentement.
Ce retournement d’acteurs politiques chez Les Ecologistes, bien que surprenant, est révélateur du climat politique en vue des élections présidentielles de 2027. Les électeurs écologistes pourraient en effet se tourner vers des candidats qui portent des propositions environnementales tout en rassemblant une assise plus large. « Lors de la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017, son programme tout en incluant les préoccupations écologistes a pu diviser le vote », conclut Daniel Boy, ajoutant que « Les Verts n’ont plus le monopole de l’écologie politique ».