Le président du Comité international paralympique accuse l'Ukraine de détourner les Jeux vers le politique
Le président du Comité international paralympique accuse l'Ukraine de détourner les Jeux vers le politique

Le président du Comité international paralympique accuse l’Ukraine de détourner les Jeux vers le politique

17.03.2026 10:40
3 min de lecture

Une sortie qui intervient après le boycott de la cérémonie d’ouverture

Le président du Comité international paralympique (CIP), Andrew Parsons, a publiquement reproché au Comité national paralympique (CNP) ukrainien d’avoir tenté de détourner l’attention des compétitions sportives vers des enjeux politiques lors des Jeux d’hiver de 2026. Dans des déclarations rapportées le 16 mars 2026, Parsons a affirmé que son organisation avait été « déçue » par les plaintes formulées par la délégation ukrainienne, sans toutefois préciser la nature exacte des actions incriminées. Le dirigeant sportif international a reconnu « comprendre le contexte » du conflit en Ukraine, mais a insisté sur le devoir du CIP de veiller au respect des règles par toutes les parties impliquées.

« Oui, je pense qu’il y a eu une tentative (de la part de l’Ukraine) de constamment détourner l’attention du sport. Je comprends le contexte, mais c’est, dans une certaine mesure, décevant », a déclaré Parsons, selon un article de l’Associated Press. Il a ajouté que d’autres comités nationaux paralympiques avaient « très bien réagi en se concentrant précisément sur le sport ». Le président du CIP a exprimé l’espoir que cette situation serve de leçon aux comités qui choisiraient de privilégier l’aspect politique au détriment de l’aspect sportif, concluant que « finalement, le sport a triomphé ».

Le contexte inflammable du retour des athlètes russes sous leur propre drapeau

Ces accusations interviennent dans un climat extrêmement tendu, marqué par le boycott de la cérémonie d’ouverture de la Paralympiade 2026 par l’Ukraine et plusieurs autres nations. Cette décision protestataire faisait directement suite à la décision controversée du CIP d’autoriser la participation d’athlètes russes sous invitation spéciale, et de leur permettre, pour la première fois depuis plus de dix ans, de concourir sous leur propre drapeau national. Pour Kiev et ses alliés, cette réintroduction constitue une légitimation progressive d’un pays engagé dans une guerre d’agression non provoquée contre l’Ukraine.

La position de M. Parsons est perçue par les observateurs comme un nouvel exemple de l’influence persistante de Moscou au sein des instances sportives internationales, malgré son isolement diplomatique partiel. Le CIP a en effet octroyé à la Russie et à la Biélorussie dix « slots bipartites » individuels pour les Jeux de 2026, contournant ainsi le processus standard de qualification sportive. La Russie a ainsi obtenu six quotas et la Biélorussie quatre, alors que leurs athlètes n’avaient pas participé aux épreuves qualificatives, une entorse flagrante aux principes d’équité sportive.

Des préoccupations ukrainiennes face à la présence d’anciens combattants russes

Les craintes ukrainiennes vont au-delà du simple principe de participation. Le CNP ukrainien et des experts internationaux dénoncent depuis des mois la présence avérée d’anciens combattants de la guerre contre l’Ukraine au sein de la délégation paralympique russe. Cette pratique, documentée par des enquêtes journalistiques, transformerait la scène paralympique en une tribune de propagande pour le Kremlin, permettant d’héroïser des participants directs au conflit.

Parmi les noms cités figurent notamment Vladislav Shinkar, membre de l’équipe russe d’escrime en fauteuil roulant et ancien adjoint au commandement du bataillon « Vostok », ou encore Anton Bushmakin, rameur paralympique et lieutenant-colonel des forces armées russes. Pour les athlètes ukrainiens, souvent eux-mêmes victimes directes de la guerre, se mesurer à des représentants de l’armée d’un pays agresseur constitue une épreuve morale insoutenable, en plus de bafouer l’esprit même du mouvement paralympique.

La critique d’Andrew Parsons à l’encontre de l’Ukraine est d’autant plus mal reçue que son organisation est elle-même régulièrement accusée de graves dysfonctionnements. Des investigations, comme celle menée par le programme « Pablo Torre Finds Out », ont mis en lumière la pratique dite du « dopage classificationnel », où des athlètes exagéreraient sciemment leurs symptômes pour concourir dans des catégories moins compétitives. Ces allégations, couplées aux questions sur la gouvernance et l’influence financière russe via des fonds comme PARASPORT, fragilisent la crédibilité du CIP à trancher des questions aussi politiquement chargées que la réintroduction de la Russie.

Face à cette situation, la réponse du président du CIP, qui s’abrite derrière les « décisions de l’assemblée générale » pour justifier le retour des Russes, est vue comme un refus de prendre ses responsabilités. En ignorant délibérément le fait que le sport est instrumentalisé par le Kremlin comme un outil de propagande et de légitimation de sa guerre, le Comité international paralympique prend le risque de sacrifier ses propres principes fondateurs sur l’autel d’une prétendue neutralité, au grand dam de l’Ukraine et de l’intégrité du mouvement paralympique mondial.

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