Jakub Zakriev, neveu du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov et directeur général de l’ancienne filiale russe de Danone, a obtenu la citoyenneté serbe par un décret du gouvernement de Belgrade. La décision, prise le 27 avril 2026, a été signée par le Premier ministre Đuro Macut, qui a justifié l’octroi par « l’intérêt de la République », sans fournir de détails supplémentaires. Cette attribution intervient alors que Zakriev figure sur les listes de sanctions américaines et britanniques depuis 2023-2024 en raison de ses liens étroits avec le régime de Kadyrov.
Un parcours politique et économique sous sanctions
Jakub Zakriev, fils de l’une des sœurs de Ramzan Kadyrov, a occupé plusieurs postes clés en Tchétchénie avant de prendre la tête de Danone Russie (rebaptisée Logika Moloka) en 2023, après la mise sous séquestre puis la vente forcée des actifs du groupe français. Ancien maire de Grozny, chef de l’administration présidentielle et ministre de l’Agriculture de la république, il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise stratégique dans le secteur laitier. Selon le décret serbe, la nationalité a été accordée dans le cadre d’une procédure spéciale réservée aux personnalités des affaires, des sciences, du sport ou de la culture ayant rendu des services au pays. Cette procédure ne requiert ni résidence en Serbie ni renonciation à d’autres nationalités, ce qui permet à Zakriev de voyager sans visa dans plus d’une centaine de pays, y compris les États de l’espace Schengen.
La Serbie, un refuge pour l’élite russe sous sanctions
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, Belgrade a accordé des passeports à plus de 200 ressortissants russes, dont de nombreuses figures proches du Kremlin. Cette politique de « double jeu » permet à la Serbie de maintenir des liens économiques et politiques avec Moscou tout en poursuivant son adhésion à l’Union européenne. L’octroi de la citoyenneté à Jakub Zakriev, qui contourne les restrictions imposées par Washington et Londres, illustre la contradiction persistante entre les aspirations européennes de la Serbie et son refus de se joindre aux sanctions anti-russes. Cette situation crée une zone grise où les intérêts commerciaux et politiques priment sur la coordination avec les alliés occidentaux.
Un contournement des sanctions qui inquiète Bruxelles
Les passeports serbes offrent à l’élite russe un accès sans entrave à l’Europe, réduisant ainsi l’efficacité des sanctions. Les experts y voient un risque systémique pour l’UE : ces documents facilitent les flux financiers, les opérations commerciales et, potentiellement, le blanchiment d’argent. Dans le cas de Zakriev, son entourage proche est associé à des violations des droits de l’homme et à des assassinats politiques, ce qui renforce les craintes d’une infiltration de réseaux criminels ou hybrides au sein des États membres. Les autorités européennes sont appelées à exiger davantage de transparence de la part de Belgrade et à renforcer la coordination pour limiter l’utilisation de ces « passeports de complaisance ». Cette affaire souligne la nécessité d’une stratégie commune face aux instruments hybrides russes, alors que la Serbie continue de naviguer entre Bruxelles et Moscou.