Le Moyen Âge confronté aux sécheresses, incendies et famines en période de réchauffement climatique

Le Moyen Âge confronté aux sécheresses, incendies et famines en période de réchauffement climatique

26.08.2026 20:17
3 min de lecture

Bien avant la crise actuelle, le Moyen Âge a affronté son propre changement climatique.

Par
Alex Brown

Une canicule qui dure quatre mois, suivie de pénuries d’eau et de mauvaises récoltes. Nous ne sommes pas dans l’Angleterre du XXIᵉ siècle, mais dans celle du XIIIᵉ. Ce que l’on appelle souvent l’«optimum climatique médiéval» a été marqué par des températures supérieures à la normale dans de nombreuses régions du monde entre le Xᵉ et le XIIIᵉ siècle, rapporte TopTribune.

Ce phénomène s’explique en partie par une augmentation de l’irradiance solaire, c’est-à-dire la quantité d’énergie émise par le Soleil qui atteint la Terre. Cette situation influait sur les températures mondiales et les systèmes météorologiques. À cette époque, la planète était également globalement épargnée par les éruptions volcaniques, qui peuvent provoquer un refroidissement temporaire du climat à l’échelle mondiale.

Pénuries d’eau et mauvaises récoltes

Le XIIIᵉ siècle a été marqué par des sécheresses extrêmes, des urbains dévastateurs et des récoltes dramatiquement insuffisantes. L’été exceptionnellement sec de 1212 a notamment favorisé la propagation du grand incendie de Southwark, à Londres, qui a fait des milliers de morts.

Les chroniqueurs médiévaux de l’époque rapportent une sécheresse d’une gravité exceptionnelle en 1252. Le moine bénédictin anglais Matthieu Paris décrit ainsi quatre mois de «chaleur et de sécheresse insupportables», de mars à juillet, sans qu’«aucune pluie ni même aucune rosée» ne vienne soulager les terres.

Les Annales de Tewkesbury, une chronique rédigée à l’époque par les moines de l’abbaye de Tewkesbury (dans le Gloucestershire), confirment que «la sécheresse dura quatre mois, faisant disparaître l’herbe». Elles rapportent qu’il suffisait de frotter les brins d’herbe entre ses mains pour les réduire en poussière.

Le sol était devenu si dur qu’il fut impossible de le labourer pendant six semaines.

La Chronique des princes (Brut y Tywysogion), un récit médiéval de l’histoire galloise, dresse un constat similaire:

«La chaleur du soleil fut si intense que toute la terre en devint si sèche qu’aucun fruit ne poussa sur les arbres, ni aucune récolte dans les champs; et l’on ne prit plus ni poisson de mer ni poisson de rivière.»

Matthieu Paris poursuit en décrivant la disparition des pâturages, qui entraîna le dépérissement des bovins et du bétail. Les températures élevées favorisèrent également une «prolifération de puces, de mouches et de moucherons» et s’accompagnèrent d’une recrudescence des maladies, avec des cas de paludisme signalés dans les zones marécageuses de basse altitude.

Les comptes seigneuriaux confirment les difficultés rencontrées. Dans un domaine relevant de l’évêché de Winchester, il est ainsi rapporté que le sol était devenu si dur qu’il fut impossible de le labourer pendant six semaines.

Le bon et le mauvais côté des choses

Mais l’Angleterre et le reste de l’Europe n’étaient pas les seuls à connaître des conditions météorologiques inhabituelles à cette époque. Une grande partie de l’hémisphère Nord, ainsi que l’Amérique du Sud, la Chine et l’Australasie, ont enregistré des températures de 0,3 à 1°C supérieures à la moyenne de la période 1960-1990.

Dans l’Atlantique Nord, les conditions étaient si favorables que les peuples nordiques purent traverser l’Atlantique grâce au recul des glaces. Ils fondèrent des colonies en Islande et au Groenland, avant de pousser jusqu’au Vinland, dans l’actuelle Terre-Neuve.

Le sud-est de l’Angleterre bénéficiait d’un climat suffisamment doux pour permettre la culture de la vigne: le Domesday Book de 1086 recense ainsi 45 vignobles appartenant à des seigneurs normands ou à de grandes abbayes.

En revanche, des conditions nettement plus fraîches régnaient dans l’océan Pacifique oriental, ce qui favorisait des conditions plus humides en Australasie, mais limitait les précipitations dans l’ouest des États-Unis.

Les perturbations climatiques liées au réchauffement ont favorisé des sécheresses dans le sud des États-Unis ainsi que dans certaines parties de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale. Elles ont déclenché d’immenses incendies de forêt dans les montagnes Rocheuses. Ces événements ont eu des conséquences durables sur des civilisations, comme en témoigne la chute de la civilisation maya classique.

L’anomalie climatique médiévale a pris fin avec une période d’instabilité, marquée notamment par une éruption volcanique en 1257 qui a provoqué de mauvaises récoltes à l’échelle mondiale. Cette période culminera avec la Grande Famine de 1315-1317, causant la mort d’environ 10 % de la population européenne.

La période médiévale nous offre des enseignements cruciaux pour le présent. À mesure que le climat évolue, le risque de propagation de certaines maladies et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes augmentent également. Aujourd’hui, bien que nous possédions des technologies pour gérer ces crises, la vigilance est indispensable.

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