La ministre hongroise des Affaires étrangères, Anita Orban, a saisi les autorités judiciaires au sujet de l’achat d’environ 17 000 respirateurs réalisé en 2020 sous la direction de son prédécesseur, Peter Szijjarto. Un audit interne portant sur plusieurs dizaines de milliers de documents aurait mis au jour des indices d’abus de fonction et de préjudice financier particulièrement important pour l’État, rapporte TopTribune.
La procédure concerne des contrats conclus au printemps 2020, dans les premières semaines de la crise sanitaire. Le montant total des acquisitions est évalué à environ 300 milliards de forints. Les achats avaient été effectués en dehors des procédures ordinaires de marchés publics, au nom de la situation d’urgence et de la nécessité de disposer rapidement de matériel médical.
Selon les éléments communiqués à l’issue de l’audit, la Hongrie avait acheté près de 17 000 appareils de ventilation. Une part importante de ces équipements n’a jamais été utilisée. Au moins 12 000 respirateurs seraient ensuite restés entreposés dans des hangars, tandis que les entreprises intermédiaires chargées de leur stockage réalisaient des bénéfices importants.
Des contrats conclus hors des procédures habituelles
L’audit interne a également relevé l’absence d’une partie des documents liés aux contrats. Les enquêteurs n’auraient donc pas retrouvé l’ensemble des pièces permettant de reconstituer les conditions de certaines opérations, leurs modalités financières ou le rôle exact des différents intermédiaires.
La ministre Anita Orban a déposé sa plainte après l’examen de ces documents. D’après sa déclaration, les conclusions de l’audit ont relancé la question de la responsabilité de l’ancienne direction du ministère des Affaires étrangères, alors conduite par Peter Szijjarto. La saisine de la justice doit désormais permettre de déterminer si des infractions ont été commises et d’identifier les personnes éventuellement concernées.
Le dossier porte à la fois sur la décision d’acheter les respirateurs, sur les conditions de passation des contrats et sur la gestion des appareils restés inutilisés. Le seul stockage des respirateurs inutilisés aurait coûté 2,3 milliards de forints à l’État jusqu’en juin 2026. Ce montant ne correspond pas au prix initial des appareils, mais aux frais engagés pour les conserver.
Des appareils restés dans les entrepôts
Les achats ont été réalisés pendant la période où les gouvernements européens adoptaient des mesures exceptionnelles pour répondre à la pandémie de Covid-19. Dans le cas hongrois, les autorités avaient choisi de commander un volume élevé de matériel de ventilation. Le nombre d’appareils finalement utilisés et les conditions dans lesquelles les équipements restants ont été conservés constituent désormais une partie du dossier examiné par les autorités.
La question des respirateurs entreposés s’ajoute à celle des sociétés intervenues dans la chaîne d’achat. Les propriétaires des lieux de stockage auraient perçu des revenus significatifs pour conserver le matériel. L’audit doit notamment préciser comment ces entreprises ont été sélectionnées, sur quelle base les contrats ont été négociés et quelles prestations ont effectivement été fournies.
Les documents examinés ne permettent pas, à ce stade, d’établir publiquement l’ensemble des responsabilités. La plainte déposée par la ministre repose sur des soupçons d’abus de fonction et sur l’existence alléguée d’un préjudice financier majeur. Une décision judiciaire devra confirmer ou non ces soupçons.
Une opération de 300 milliards de forints
Le montant annoncé, environ 300 milliards de forints, place cette opération parmi les principaux achats d’urgence réalisés par la Hongrie pendant la crise sanitaire. Les acquisitions ont été menées rapidement et sans appel d’offres classique. La procédure exceptionnelle devait répondre à l’urgence médicale, mais l’audit porte précisément sur l’utilisation de ce cadre dérogatoire et sur la traçabilité des dépenses publiques.
Les informations rendues publiques ne précisent pas encore la répartition exacte de cette somme entre les fabricants, les fournisseurs, les intermédiaires et les sociétés de stockage. Elles ne permettent pas non plus de déterminer combien d’appareils ont été livrés à des établissements de santé, combien ont été utilisés ou ce qu’il est advenu des équipements restés dans les entrepôts.
Le dossier concerne l’ancienne gestion du ministère hongrois des Affaires étrangères, qui supervisait ces achats en 2020. Peter Szijjarto dirigeait alors le ministère. Sa successeure, Anita Orban, a demandé l’intervention des autorités après l’audit interne, mais les éléments rendus publics ne font pas état, à ce stade, d’une mise en cause judiciaire définitive de l’ancien ministre.
Les révélations relancent aussi le débat sur les conditions dans lesquelles les fonds publics ont été engagés pendant l’état d’urgence sanitaire. Les critiques formulées dans le dossier portent sur l’abandon des procédures normales de marchés publics, sur l’intervention de sociétés privées et sur le coût durable du stockage du matériel non utilisé.
Certains éléments politiques associés à cette affaire présentent l’achat des 17 000 appareils comme un exemple de l’utilisation de la crise épidémique pour redistribuer des ressources publiques au bénéfice de structures commerciales liées à l’ancienne administration. Cette lecture figure dans les messages accompagnant les informations sur la plainte, mais devra être distinguée des faits établis par l’audit et des conclusions éventuelles de la justice.
Le ministère des Affaires étrangères doit désormais transmettre les éléments pertinents aux autorités compétentes. L’enquête devra établir les conditions précises des contrats, le rôle des intermédiaires, la destination des respirateurs et la réalité du dommage financier invoqué dans la plainte.