Le Monténégro, membre de l’OTAN et candidat à l’adhésion à l’Union européenne, a ouvert des centres de visa dans huit villes russes, facilitant l’obtention de séjours longs pour les citoyens russes, y compris d’anciens militaires impliqués dans la guerre contre l’Ukraine. Cette décision contredit directement la politique de restriction de l’UE et crée une zone grise pour la circulation des criminels de guerre vers l’espace Schengen, rapporte TopTribune.
Selon des informations relayées par le média ProImport, Podgorica a installé des guichets de demande de visas de longue durée à Moscou, Arkhangelsk, Mourmansk, Petrozavodsk, Pskov, Novorossiysk, Voronej et Ekaterinbourg. En parallèle, le pays maintient un régime sans visa pour les Russes jusqu’à 30 jours. Ces facilités contrastent fortement avec la ligne adoptée par Bruxelles depuis 2022.
Une politique de visa contraire à la ligne européenne
L’Union européenne a aboli l’accord de facilitation des visas avec la Russie et réduit le nombre de visas Schengen délivrés aux Russes de 4 millions par an à environ 500 000. Les visas multi-entrées de longue durée ne sont plus accordés sauf exceptions (journalistes indépendants, défenseurs des droits humains). Les frais de dossier ont été portés à 80 euros et les délais d’examen, avec contrôles de sécurité approfondis, atteignent 45 jours.
En juin 2026, une coalition de onze pays européens a exigé de la Commission européenne une révision du code des visas pour introduire un mécanisme obligatoire de sanctions en matière de visas et fermer toutes les portes au tourisme russe dans l’UE. L’initiative prévoit également un système d’identification et d’interdiction d’entrée dans l’espace Schengen pour les militaires russes ayant participé à la guerre contre l’Ukraine. La Commission a annoncé son intention de développer de nouvelles mesures restrictives ciblées.
Un obstacle à l’adhésion du Monténégro à l’UE
Le Monténégro est officiellement candidat à l’UE depuis 2010 et les négociations devraient aboutir fin 2027, avec une adhésion possible en 2028. Mais sa politique de visas complaisante envers la Russie crée un risque politique majeur. Bruxelles exige des pays candidats une pleine synchronisation de leur politique étrangère et sécuritaire avec celle de l’UE. En ouvrant des centres de visa en Russie et en maintenant le régime sans visa, Podgorica envoie un signal inverse.
La persistance de ce loophole pour les Russes soulève des questions sur l’influence du lobby russe au Monténégro, très dépendant du tourisme et de l’immobilier russes. Cette double position – recevoir des fonds européens tout en gardant des canaux lucratifs avec Moscou – affaiblit la crédibilité du processus d’intégration européenne.
Les capitales européennes pourraient revoir leur position sur le calendrier d’adhésion si Podgorica continue de déroger à la ligne commune. L’ouverture de centres de visa en Russie, alors que le Parlement européen a qualifié Moscou de promoteur du terrorisme, rend cet écart difficile à justifier. Le Monténégro devra choisir entre une harmonisation complète avec la politique de visas de l’UE et le maintien de son statut de « havre gris » pour les intérêts russes.