Les cancers du sein post-partum : un risque accru à long terme
Les cancers du sein post-partum sont généralement diagnostiqués entre 5 et 10 ans après un accouchement, présentant un risque de métastases plus élevé et une survie réduite comparativement aux cancers détectés chez des femmes sans antécédent de grossesse ou pendant celle-ci, rapporte TopTribune.
Les risques de ces cancers augmentent proportionnellement à l’âge de la mère. Une équipe de l’Institut Pasteur a entrepris d’explorer les mécanismes impliqués dans la formation de ces tumeurs à cette période critique pour les femmes.
Pourquoi les années qui suivent une grossesse sont-elles plus à risque de cancer du sein ?
Après une grossesse et un allaitement, la glande mammaire subit un long processus d’involution. Ce processus implique l’élimination de millions de cellules épithéliales alvéolaires, le recrutement de cellules immunitaires, le remodelage de la matrice extracellulaire, et la repopulation par des cellules adipeuses. Durant cette période, l’involution engendre une inflammation qui accroît significativement le risque de cancer du sein, selon un communiqué de l’Institut Pasteur.
En examinant les glandes mammaires des souris pendant l’involution, l’unité Plasticité cellulaire dans les pathologies liées à l’âge à l’Institut Pasteur, dirigée par Han Li, a mis en évidence la présence de cellules sénescentes, une réponse cellulaire entraînant un arrêt stable du cycle cellulaire.
La majorité de ces cellules étaient des cellules productrices de lait. Après traitement des souris avec un médicament ciblant spécifiquement les cellules sénescentes, les chercheurs ont noté que ces cellules jouent un rôle crucial dans l’involution. « En effet, en absence de sénescence, le remodelage tissulaire et la repopulation adipeuse sont retardés », a indiqué l’Inserm.
La sénescence, un acteur clé du remodelage cellulaire complet
Les recherches, publiées le mercredi 18 février dans la revue Nature Aging, ont révélé que les cellules sénescentes sont capables de recruter activement des macrophages, des cellules immunitaires, grâce aux molécules qu’elles sécrètent. De cette façon, elles orchestrent le remodelage du microenvironnement.
« Ces résultats montrent que la sénescence n’est pas simplement un épiphénomène, mais un acteur clé du remodelage tissulaire complet de la glande mammaire lors de l’involution – une reconstruction remarquable sans cicatrice ou dommage durable », a souligné Aurélie Chiche, première auteure de l’étude, chercheuse à l’unité Plasticité cellulaire dans les pathologies liées à l’âge.
La sénescence favorise la dissémination des cellules tumorales
Bien que la sénescence soit bénéfique pour la reconstruction tissulaire, elle peut aussi favoriser la formation de tumeurs. « Les scientifiques ont montré que les cellules sénescentes renforcent la plasticité des cellules tumorales via des facteurs qu’elles sécrètent, permettant une plus grande adaptation à leur environnement, favorisant leur survie et leur propagation », a noté l’Institut Pasteur. En 2020, l’Inserm a déclaré que ces cellules incapables de se diviser peuvent néanmoins induire une inflammation et produire des résidus toxiques pour l’organisme.
Dans des modèles murins de cancer du sein, l’élimination des cellules sénescentes a retardé l’apparition des tumours et réduit la formation de métastases. « Nos résultats suggèrent qu’une intervention ciblée visant à modifier les cellules sénescentes pendant l’involution de la glande mammaire pourrait réduire le risque de cancer du sein post-partum », a conclu Han Li, principale autrice de l’étude. Les scientifiques espèrent mieux comprendre ces mécanismes grâce à des recherches futures sur des tissus humains, afin de mieux prévenir le cancer du sein post-partum.