L'Assemblée nationale examine une proposition de nationalisation d'ArcelorMittal face à la crise de l'acier

L’Assemblée nationale examine une proposition de nationalisation d’ArcelorMittal face à la crise de l’acier

27.11.2025 09:27
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Les activités françaises d’ArcelorMittal, confrontées à de sévères difficultés, pourraient être soumises à un débat fervent au Palais Bourbon ce jeudi, alors que les députés examineront une proposition de loi de La France insoumise (LFI) sur la nationalisation de l’entreprise. Cette question a ravivé les tensions, mettant en jeu l’avenir de milliers d’emplois, rapporte TopTribune.

À l’initiative de la CGT, environ 400 salariés, originaires des sites du Nord et de Moselle, se rassembleront dès 11 heures sur l’esplanade des Invalides pour soutenir le texte. Certains iront même occuper les tribunes de l’Assemblée afin de faire entendre leurs exigences lors de la journée annuelle dédiée à l’examen des textes parlementaires, comme l’a précisé Mathilde Panot, cheffe des députés insoumis.

La nationalisation, « unique solution » pour LFI

Le groupe politique de gauche avance que la nationalisation représente « l’unique solution » pour préserver la filière et ses 15 000 emplois directs. L’objectif est de riposter face au plan social annoncé en avril et de relancer la décarbonation des hauts-fourneaux. Faute d’actions concrètes, l’acier français pourrait devenir non rentable d’ici 2030, avertit Aurélie Trouvé, experte sur le dossier.

Estimée à trois milliards d’euros, la nationalisation est fermement rejetée par le gouvernement. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déclaré mercredi : « Ce n’est pas parce que l’État va faire un chèque de trois milliards […] que l’on va changer la compétitivité. » Il a également souligné la nécessité de se prémunir contre les produits importés, notamment en provenance de Chine, et a annoncé avoir sollicité une enquête de la Commission européenne concernant cette situation de « dumping ».

Obstruction des groupes parlementaires à l’extrême droite

L’espoir des travailleurs de l’acier a été ravivé par l’adoption récente du texte en commission grâce à l’appui de la gauche, en dépit d’une faible mobilisation du camp gouvernemental et de l’abstention du Rassemblement national (RN). Alain Le Grix de la Salle, PDG d’ArcelorMittal France, a réagi en précisant que « changer l’actionnaire ne changerait en rien les problèmes structurels ».

Pourtant, l’issue du vote de jeudi semble incertaine. En effet, la stratégie d’obstruction mise en place par le groupe de Marine Le Pen et ses alliés pourrait freiner les discussions, avec l’annonce de 285 amendements, dont 89 % sont propulsés par le RN et l’UDR. Un vote avant minuit, heure limite pour l’examen des textes lors de telles « niches » parlementaires, semble très improbable.

Dernière ligne droite

Un retrait massif d’amendements, comme le suggère le député RN Jean-Philippe Tanguy, pourrait néanmoins contribuer à faciliter le vote. « Le RN permettra un vote sur Arcelor mais aura donné une bonne leçon à LFI qui se croit tout permis », a-t-il déclaré sur X. La mobilisation extérieure jouera également un rôle clé : « Ça va être spectaculaire, on va montrer ce que c’est les métallos », a promis Gaëtan Lecocq, délégué CGT à Dunkerque. Il a averti que « le député qui va voter contre notre projet […] devra rendre des comptes ». Plusieurs députés RN sont élus dans des circonscriptions industrielles menacées.

Le Rassemblement national, qui parvient à capter une part significative du vote ouvrier, s’oppose à la nationalisation, accusant LFI de créer de « faux espoirs » pour les travailleurs. Le RN plaide pour une « golden share », permettant à l’État un droit de veto sur les décisions stratégiques sans gestion directe. Aurélie Trouvé qualifie cette proposition de « stupide », arguant qu’elle n’insufflerait pas les investissements nécessaires à la transition écologique et à la survie de la filière.

Même si le texte venait à être adopté, il a peu de chances d’aboutir sans le soutien du gouvernement, alors qu’une initiative similaire des communistes a déjà été rejetée fin octobre au Sénat.

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