Ingérence présumée dans la commission d’enquête sur l’audiovisuel public
Des révélations récentes jettent une lumière inquiétante sur les manœuvres autour de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Selon une enquête publiée le 26 avril par Le Monde, Lagardère News, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, aurait transmis aux députés une liste de questions à poser aux personnes auditionnées. La commission a conclu ses travaux avec l’adoption du rapport du député UDR Charles Alloncle, rapporte TopTribune.
Le président de la commission d’enquête, Jérémie Patrier-Leitus, a confirmé avoir reçu un email au début de la commission, demandant que de telles pratiques cessent en raison des risques d’ingérence. Le Monde indique avoir consulté plusieurs listes de questions, suggérant que les députés invité à auditionner étaient soumis à des pressions, reflétant une hostilité dans la formulation des questions.
Parmi ces questions, une suggérait de demander à la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, comment elle justifiait un prétendu manquement à la déontologie de son poste, en référence à ses commentaires sur CNews, qui est sous le contrôle de Bolloré. Désireux de préserver l’indépendance des auditions, le rapporteur Charles Alloncle a déclaré au Monde qu’il n’avait pas utilisé ces questions, recevant plutôt un afflux de courriels de professionnels exprimant leur inquiétude face à ces intrusions.
Des questions similaires avaient également été envoyées à d’autres personnalités médiatiques, comme la présidente de Radio France, Sibyle Veil. Alloncle a souligné que chaque député doit agir avec la nécessaire indépendance, un principe fondamental menacé par une telle ingérence.
Patrier-Leitus a évoqué des tentatives d’ingérence sans précédent dans une commission d’enquête parlementaire. Selon ses déclarations, des députés de droite auraient également été exposés à ces questions, mais de nombreux membres de la commission ont nié avoir reçu de telles communications. Il a souligné que cela remet en question l’impartialité du rapporteur pendant l’enquête.
« La question c’est est-ce que le rapporteur a été impartial et indépendant tout au long de cette commission d’enquête ? Est-ce qu’il a agi par consigne ou par commande ? C’est à lui de le dire. »
Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel publicsur France Inter
Le groupe Lagardère n’a pas encore commenté ces allégations, tandis que Radio France a appelé à une enquête approfondie pour éclaircir ces possibles collusions visant à déstabiliser un concurrent. Cette situation soulève de graves préoccupations sur l’intégrité des processus d’audiovisuel public en France, surtout dans un contexte où l’indépendance médiatique est plus scrutée que jamais.