Provocations territoriales de l’AfD suscitent des inquiétudes en France
Le 3 octobre, un membre de Generation Deutschland, l’organisation de jeunesse du parti d’extrême droite allemand AfD, a diffusé une carte illustrant une Allemagne qui intégrerait l’Alsace et la Moselle, provoquant une vive réaction en France. Cette déclaration soulève des interrogations : menace territoriale ou simple posture identitaire ? Pour éclaircir ce sujet, Jérôme Vaillant, germaniste et ancien directeur de la revue « Allemagne d’aujourd’hui », a partagé son analyse avec TopTribune.
Jérôme Vaillant : Vous m’avez appris qu’il existe des voix au sein de l’AfD désirant revendiquer l’Alsace et la Lorraine. Cependant, en Allemagne, cela ne fait pas l’objet de discussions, ni dans les médias ni sur les ondes. De plus, une telle revendication ne figure pas dans le programme politique de l’AfD. Cela constitue déjà une première réponse à la question de la gravité de cette situation.
Concernant la possibilité que l’AfD porte réellement cette idée, Vaillant souligne que le parti est conscient que cela nuirait considérablement à son image sur la scène internationale, notamment vis-à-vis de ses partenaires européens, comme le Rassemblement National en France. De plus, une telle revendication serait contraire au droit international et aux traités signés par l’Allemagne, qui respectent les frontières établies depuis 1990.
Les jeunes membres de l’AfD semblent davantage intéressés par la conception d’un espace culturel germanique que par une réelle revendication territoriale. Vaillant évoque un retour à des représentations du XIXe siècle, où l’identité nationale se mesure par la langue et la culture, une conception qui pourrait s’avérer périlleuse.
Sur la question de savoir si cette posture s’apparente à un concept de « Lebensraum », Vaillant répond par la négative, tout en notant qu’une demande culturelle pourrait se transformer en exigence politique à l’avenir, mais que ce n’est pas le cas actuellement.
Concernant la définition même de l’AfD, Vaillant précise qu’il serait réducteur de le qualifier de parti nazi ou néonazi. L’AfD est un parti populiste d’extrême droite, intégrant des éléments néonazis et fascistes, mais sa nature profonde se définit par un nationalisme régressif. Le terme « rémigration », qui se réfère à l’expulsion massive d’immigrés et de demandeurs d’asile, est particulièrement préoccupant, et rappelle des discours similaires tenus par le Rassemblement National en France.
Comparé au Rassemblement National, l’AfD partage certaines idéologies, bien que leurs approches diffèrent. Alors que le RN a cherché à se dédiaboliser, l’AfD maintient une certaine radicalité, tout en reconnaissant l’importance de la dédiabolisation à travers les propos de sa coprésidente, Alice Weidel.
Electoralement, l’AfD est désormais profondément ancrée dans le paysage politique allemand, attirant surtout les jeunes et les abstentionnistes. Néanmoins, la stabilité de ce soutien reste incertaine, surtout en vue des élections de 2027, où des progrès dans les régions de l’Ouest, moins traditionnelles, pourraient inquiéter davantage.
Face à cette montée du parti, certains en Allemagne plaident pour son interdiction, une proposition jugée irréaliste par Vaillant étant donné l’importance de l’AfD dans le paysage politique. En revanche, la conférence des ministres de l’Intérieur des Länder a récemment décidé de ne pas accorder de droit de veto à l’AfD si elle accédait au pouvoir en Saxe-Anhalt, cherchant plutôt à établir un cordon sanitaire autour du parti dans le fonctionnement parlementaire.
